À l'écoute de ce troisième volet de Transformers, si on a fort heureusement délaissé les blagues scato, on ne peut quand même pas s'empêcher de se demander à nouveau: où sont passés les scénaristes?
Entendons-nous, ce troisième opus de la saga Transformers basée sur les fameux jouets n'est pas un bon film. Il en est même un très très mauvais. Pourtant, qu'il soit volontaire ou non, assumé ou même désiré de la sorte, cela n'empêche pas de cacher que ça en fait un divertissement de premier ordre où rien n'est à prendre au sérieux, mais bien à tourner indubitablement dans la plus jouïssive des dérisions.
À ce titre, si la logique fait toujours défaut, on a délaissé le côté fourre-tout et éponge du pitoyable deuxième volet pour se concentrer sur ses "propres intérêts". En ressort donc un volet plus confiant, plus concis (dans la limite des possibles..) qui rappelle l'efficacité du premier avant de rapidement évoquer le côté interminable du second.
Multipliant les références à la culture populaire, semblant vouloir copier ceux qui ont par le passé réussi, il faut tout de mettre admettre que Michael Bay, ironiquement, sait ce qu'il fait, surtout lorsqu'il s'agit de pondre de spectaculaire scènes d'action. Et s'il faudra attendre un bon moment (pourquoi une si longue première partie?), même s'il elle s'étire, disons que l'heure finale récompense en livrant la marchandise avec des scènes qui ne sont là que pour en mettre plein la vue.
De ce fait, maîtrisant l'action comme personne, en mélangeant cascades véritables, effets spéciaux de qualité et on passe, Bay met de l'avant un blockbuster à la fine pointe de la technologie qui, s'il trahi la naïveté de son spectateur, n'en fait pas de même quand il s'agit de justifier son coût élevé. (À l'exception peut-être des explosions abusives qui se montreront fortement décevante quand on réalisera le peu de variété dans les effets pyrotechniques utilisés..) Certes, comme avec tout le reste on remettre en question l'utilisation du 3D qui, s'il coupe le souffle à un ou plusieurs moments, ne garantis en rien l'achat supplémentaire, mais visuellement et techniquement surtout, le film est au poil.
Pour le reste, l'histoire est limpide (ah bon?) et suit son cours du début à la fin, ce, dès le prologue qui rappelle les ambitions plus épiques (et égocentriques) du cinéaste qui prend un malin plaisir à réécrire l'histoire comme bon lui semble. Dans le cas qui nous intéresse, mélanger ses robots avec la fameuse Mission Apollo 11 (idée qui, soyons francs, n'est pas totalement à mépriser).
On suit donc une lignée qui part d'un secret enfoui d'apparemment toujours et on mène à l'apogée destructrice, pas vraiment plus, pas vraiment moins, sans s'embarasser dans d'innombrables péripéties aux quatre coins de la galaxie qui ne mènent nulpart. (Quoiqu'on ne comprendra jamais trop les moments en Afrique qui à défaut d'être beau, se révéleront peu essentiels?).
Ensuite, rite de passage, on devra s'accoutumer avec la nouvelle pitoune de service qui, malgré son inutilité aberrante à l'exception de "prendre la pose" (que ce soit au ralenti, à n'importe quel moment, avec une voiture sports, ébahie devant une explosion, nommez-les!), ne cachera en rien sa présence comme c'était le cas avec Megan Fox qu'on avait toujours essayé d'intégrer comme un "véritable personnage", ce qu'elle n'était pas. Ici, la jeune modèle britannique qui fait figure d'un exotisme intéressant, mais tellement inadéquat avec son partenaire qu'elle dépasse de façon ridicule (il y a des limites aux couples difformes..), se la joue Ann Darrow et ne fait que constamment jouer les demoiselles en détresse qui crie, crie et crie encore.
Pour le reste, malgré quelques bons flash, on a probablement droit au pire casting alors que des têtes d'affiches reconnus sont sous-utilisés de façon sidérante. Si on évoquera à de multiples reprises une raison rapide pour expliquer l'absence de Fox en essayant par toutes les façons de prouver que la nouvelle venue a bel et bien sa place (on a décidément droit à "tous" ses charmes sous "toutes" ses coutures (pitoyable moment lorsqu'on semble décrire une voiture selon ses courbes et compagnie, mais alors que le plan passe en revue la beauté de la modèle..), on prendra quand même un certain plaisir à renouer avec les autres personnages. S'il rappellera le Tobey Maguire des Spider-Man, Shia Labeouf qui ne semble pas vieillir, a encore la testostérone adolescente nécessaire pour nous refaire le coup du Witwicky criard, névrosé et paniqué, mais héros malgré lui. Si Josh Duhamel est toujours aussi peu utile, John Torturro se fait toujours autant plaisir et a ici décidément mieux à livrer qu'une blague de testicules que franchement personne n'a pu tristement s'enlever de la tête. Bon, pour ce qui est des parents, ils seront toujours autant insipide, mais pour un bon coup, félicitons le grand coup qu'on a effectué ici en incorporant au passage non seulement Frances Mcdormand, John Malkovich, mais également le trop peu connu Alan Tudyk qui cabotine dans le plus grand bonheur. On oubliera certes la courte présence de Ken Jeong qui n'a décidément pas sa place (comme dans tous les films auxquels il participe.. nous refaisant encore le coup des gags d'en bas de la ceinture -pitié-), mais on admettra que cette présence majeure de forte personnalité divisera certainement les deux segments fort singuliers du long-métrage.
Ainsi, on trouvera d'une part le côté pratiquement entièrement narratif où l'on tentera de mener de l'avant l'"histoire" alors que les "vedettes" verront sur leurs épaules tout le poids du film. On vise ici un Malkovich taquin et complètement éclaté, en sous-version de R.E.D., et une Frances McDormand en cliché ambulant.
Ensuite, la brisure sera drastique, alors qu'en un clignement d'oeil, on abandonnera ces-dites personnalités et qu'on misera tout sur l'action. Là, à défaut d'un Patrick Dempsey complètement perdu dans le terrain de jeu mais qui tentera tout de même d'imposer sa place, le spectacle pourra véritablement commencer.
Et par commencer, on pourra certainement avouer que Bay a voulu se la jouer Emmerich, donnant l'impression d'offrir son "2012 avec des robots". Puisque le film en question relate ceci: la fin du monde lorsque le mal l'emporte sur le bien.
Lorsque la déchéance, l'apocalypse même, entamera sa course, tout sera sans dessus dessous et les chutes (dans tous leurs sens des termes), seront absolument spectaculaire.
Il faudra donc voir comment on s'y prend pour tout détruire, tout démolir et quelles inventivités (il y en a bien plusieurs..) seront mises de l'avant pour attirer l'attention du public. Dans cette lignée, soulignons l'hallucinante séquence du building chancelant qui se fait détruire par un espèce de robot-serpentin. Une scène d'action complètement sautée où se succèdent dans le plus grand manque de logique chute sur chute sur chute qui présente un essai sur la gravité en péril que jusqu'alors pratiquement personne n'avait réussi (Spiderman 3 s'était risqué sans succès avec "la grue qui vire folle", ou même National Treasure 2 avec la plaque mouvante..).
Ensuite, c'est à prendre ou à laisser. Soulignons le méga-patriotisme et les élans narcissiques de Bay, pour voir si le tout se range dans notre tasse de thé. En plus de mentionner le fait qu'on a droit ici à un film bruyant et incessant.
Dépendant de notre humeur et de notre capacité de réception, ce sera le triomphe ou la débandade. Mais qu'importe, pour le risible prédominé et surtout parce qu'il est toujours plus drôle quand il n'est pas supposé l'être, Transformers 3 offre des rires, fous même, de qualité, auxquels rivalisent les dernières minutes qui culminent en l'éloge le plus ridicule qu'on aie vu depuis longtemps. Dans cette scène macho-iste à souhait qui revendique les piêtres goûts musicaux du film, sur fond de ralentis héroïques et de voix-off tonitruante, Bay fait résonner son plus beau manifeste qui revendique la plus grande imbécilité. Et pour cette façon honnête, mais complètement dépassé d'un style qui fait son oeuvre depuis beaucoup trop longtemps sans jamais parvenir à se moderniser, on ne peut que pouffer de rire, s'avouer vaincus et déclarer que malgré tout, on aura quand même passé un bon moment. Au moins, après un échec qui sentait la fin, on devra déclarer que c'est au moins cela de gagner!