On ne voudrait pas sonner trop péjoratif, mais difficile d'en faire autrement, en terme de seconde guerre mondiale, In Darkness est finalement un autre "beau p'tit film de juifs".
Représentant de la Pologne qui a réussi à se tailler une des cinq places très convoités des nominés aux prix du Meilleur film en langue étrangère à la prochaine édition des Academy Awards, si le jury avait à trancher pour un film complètement en dehors des prévisions, In Darkness pourrait certainement être le choix par excellence. C'est "courageux", c'est conventionnel, c'est basé sur des faits réels, c'est plein de belles valeurs et on passe.
Les cérémonies aiment l'histoire et quoi de mieux que de pouvoir repasser sur un terrible évènement et de soi-disant prétendre y apporter quelque chose de neuf. Mélangeant "The Schindler's list" à tant d'autres modèles du genre, on adopte la tendance "film long" (un bon 2 h 30 de durée), on sort les enfants, les miséreux et les villains très villains et on part pour une séance d'auto-flagellation cinématographique. C'est beau, ça a sa dose de captivant et c'est prêt pour nous revigorer, nous faire réfléchir, nous troubler, nous frustrer et nous faire larmoyer, si ce n'est plus (dépendant de tout un chacun évidemment).
Du coup, au-delà des milles conventions auxquelles le film répondra, ce qu'on retiendra le plus, c'est à quel point viscéral le film se montrera. Oui, on parle d'un homme qui a tout risqué en protégeant une groupe d'amis/membres d'une même famille juive sous terre pendant de nombreuses semaines, mais la caméra de Agnieszka Holland se montre sans vergogne. Elle ne tremble pas beaucoup, mais elle pivote, elle bouge, elle se déplace, et surtout, elle se rapproche. Elle se fusionne aux corps et les montre dans leur splendeur, leur beauté, mais également leur laideur et leur saleté. Elle se lie à la sexualité, la brutalité, la violence et la boucherie. Elle se rapproche de l'horreur pour mieux essayer de le comprendre, sans pour autant y parvenir.
D'ailleurs, par son manque de réponse, à défaut d'un beau récit de persévérance et de courage, c'est peut-être que le film échouera un peu puisqu'il ne semblera jamais vouloir aller au delà du divertissement. D'ailleurs, il alternera constamment, et ce de façon un peu embêtante à la fin, une séquence complètement sympathique et lumineuse pour retomber drastiquement dans le gros drame et la grande noirceur. On comprend l'intérêt ou l'idée derrière, mais la fluidité n'est aucunement réussie et les brisures de ton trop apparentes et inutiles. Comme quoi, lorsque la fin se pointera, on ne saura pas trop comment réagir entre honneur, questionnement, curiosité, bouffonnerie et des phrases comme "This is my jews! This is my jews!".
De plus, cinématographiquement parlant, le côté claustrophobique plutôt particulier de la situation aurait pu franchement payer et transformer le tout en véritable expérience. Pouvant autant se ranger auprès des Lebanon et autres Buried, 127 hours sur certains aspects même, on aurait pu puiser avec force l'aliénation épuisante et éprouvante qu'on sent être mentionné ici et là, mais jamais développé à son plein potentiel. Oui, on aime bien le couple "terre-à-terre" qui vaincra tout par leurs convictions, mais leur rôle face au spectateur, soit, d'identification et de sympathie, manquera de subtilité et guidera trop les rennes de ce qu'on voudra qu'on ressente, laissant du coup beaucoup moins de liberté et une part moins belle au sensorielle qu'on préfèrera illustrer que faire ressentir.
N'empêche, il ne faut pas méprendre ce qu'on en dit. In Darkness, pour le genre, la coutume et la tendance, est fort acceptable, c'est simplement par sa façon de rien ou presque réinventer qu'il en ressortira un peu inutile. Comme quoi, un clou qui a été enfoncé, à défaut de se faire piocher dessus, finira par défoncer. On parle donc d'un beau p'tit film de juifs, mais pas d'un chef-d'oeuvre.