Le jeudi 3 décembre 2009
Soeur Sourire : la soeur volage
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Aleksi K. Lepage (collaboration spéciale) |
La Presse
Comme le Père Bernard chez nous et autres ménestrels du bon Dieu, la Belge Soeur Sourire, alias Jeannine Deckers, a chanté la bonne parole sur des musiques «dans le vent» afin de séduire les jeunesses égarées.
C’est méconnaître la nonne chantante que de l’imaginer en religieuse proprette, parfaitement chaste et vertueuse: Jeannine était une femme de caractère au tempérament imprévisible et à la sexualité trouble. On en parlerait aujourd’hui, selon le jargon de la psychologie populaire, comme d’une maniaco-dépressive ou d’une bipolaire.
Magistralement interprétée par Cécile de France, Soeur Sourire, qui a fait chantonner le monde entier avec son unique succès, Dominique (nique-nique), nous est présentée dans cette biographie filmée comme une âme perdue.
La jeune Jeannine, foncièrement croyante, ne trouve sa place nulle part. Elle a peu d’amies, n’aime pas les garçons, adore le rock (son Dieu étant Elvis) et entretient des désirs de voyage et des aspirations religieuses. Coincée dans une famille indifférente à ses tourments intérieurs, elle trouvera refuge dans un couvent.
Animée d’un irrépressible besoin de s’exprimer et inapte à la réclusion, Jeannine donnera libre cours à ses velléités artistiques pas la musique, avec sa guitare, composant des airs d’une simplicité désarmante aux paroles pieuses. Ses chansons attireront éventuellement l’attention des producteurs de disques, et sa ritournelle Dominique deviendra assez vite un véritable tube.
La jeune Deckers, transformée subitement en Soeur Sourire (The Singing Nun en anglais), ne sachant trop comment s’arranger avec les joies et misères de la célébrité, quittera le couvent pour retrouver sa liberté. À ses grands risques et périls.
Cette très belle oeuvre du cinéaste belge Stijn Coninx a malheureusement tous les menus défauts d’une biographie filmée en ce qu’elle tente de comprimer et condenser en deux heures l’histoire d’une vie entière, si bien qu’en toute fin on a l’impression d’avoir vu une série télévisée en trios épisodes inégaux (dit simplement, c’est long et redondant vers la fin.)
Autre élément irritant, une narration intermittente dont on se serait passé volontiers. Mais Cécile de France est formidable et parfaitement crédible dans un rôle extrêmement complexe, lequel, joué par une autre actrice, aurait pu tourner à la caricature. Un film qui pèche par ambition, donc, mais qui demeure le récit lumineux d’une existence hors du commun.
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Soeur sourire
Drame biographique de Stinj Coninx. Avec Cécile de France, Sandrine Blancke, Chris Lomme. 120 minutes.
L’histoire bizarre et fascinante de cette énigmatique Soeur sourire, la nonne chantante, auteure d’un seul succès, Dominique.
Très beau portrait d’une femme marginale, devenue malheureusement phénomène de foire. Mais le film, trop ambitieux, s’étire en vain et nous laisse un peu ennuyés.