Le jeudi 3 décembre 2009
Brothers : fragments humains
La Presse
S’inspirant d’un film réalisé il y a cinq ans par la Danoise Susanne Bier, Jim Sheridan propose une fine étude psychologique, campée dans un contexte très dramatique. Avec Brothers (Frères en version française), le réalisateur de My Left Foot et d’In the Name of the Father, reconnu pour l’authenticité de son approche, s’immisce cette fois au sein d’une famille touchée directement par la guerre contre le terrorisme, menée en Afghanistan.
Au coeur du tumulte, deux frères, très différents de nature. Sam (Tobey Maguire) est un Marine dont la vie personnelle ne pourrait être plus stable. Marié à celle qui fut son amour de jeunesse (Natalie Portman), le militaire mène une existence paisible, responsable, en équilibre entre une vie familiale épanouie – le couple a deux fillettes adorables – et le sens du devoir. Tommy (Jake Gyllenhaal) est plus rebelle, sans attaches, en rupture avec la culture militaire inculquée par leur père vétéran du Vietnam (Sam Shepard).
Le récit commence d’ailleurs par une réunion familiale soulignant le départ de Sam pour une quatrième mission en Afghanistan. Il s’adonne que Tommy, tout juste sorti de prison, se joint à la fête.
L’équilibre familial bascule pourtant le jour où, quelques semaines plus tard, Sam est présumé mort au combat. Comblant l’immense vide laissé par la disparition de son frère, Tommy se sent investi d’une nouvelle responsabilité, d’abord auprès de ses petites nièces; ensuite auprès de Grace, leur mère. Le retour inattendu du soldat, rapatrié chez lui après avoir été miraculeusement retrouvé, suscitera bien des questionnements. D’autant que, profondément traumatisé, Sam n’est plus l’ombre de l’homme qu’il était avant le départ.
Plus qu’un film de guerre, Brothers est d’abord et avant tout un drame familial, mu par des circonstances exceptionnelles. Sans ne jamais trop appuyer, Sheridan fait écho à la complexité des rapports – et aux émotions qui s’y rattachent – s’installant entre les individus après un tel bouleversement.
Fidèle à son style, le réalisateur irlandais s’immisce au coeur de cette histoire de façon viscérale. La scène montrant la nature du traumatisme qu’a subi Sam au cours de sa mission est d’une puissance rare ; elle colore tout le reste du récit.
Les trois acteurs principaux – des pointures – se glissent aussi dans leur partition avec beaucoup de justesse. Jake Gyllenhaal est d’un naturel confondant dans le rôle du rebelle charmeur, et Natalie Portman évoque magnifiquement la déchirure intérieure de son personnage.
Cela dit, Tobey Maguire emporte ici le morceau. D’un gars sain de corps et d’esprit, l’acteur se transforme progressivement en homme vidé de son âme, en rupture de sa propre humanité. Malgré les émotions extrêmes que le personnage exprime parfois, au point d’entraîner peut-être sa famille dans un drame dont elle ne pourrait se remettre, Maguire reste toujours crédible et juste, tout juste en deçà du «numéro» d’acteur. Il ne serait pas étonnant qu’il emprunte la route des Oscars grâce à ce rôle. Et ce serait bien mérité.
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***1/2
BROTHERS
Drame psychologique réalisé par Jim Sheridan. Avec Tobey Maguire, Jake Gyllenhaal, Natalie Portman, Sam Shepard. 1h44.
Présumé mort au combat, un soldat posté en Afghanistan rentre chez lui après plusieurs mois d¹absence.
Plus qu¹un film de guerre, un drame familial déchirant.