Enfant, Claireece Jones n'a vu aucune bonne fée se pencher sur son berceau. Pas plus que son adolescence a été un jardin de roses. Élevée dans une famille noire et pauvre de Harlem, obèse, tombée deux fois enceinte d'un père abuseur, quasi illettrée, l'adolescente n'en trouvera pas moins la force et le courage de s'en sortir.
La véritable Precious Jones (v.f. de Precious), dont l'action se situe en 1987, est une belle leçon de courage et de résilience. Mais avant de voir un peu de lumière au bout du tunnel, le spectateur doit vivre une plongée en apnée au coeur de la misère.
Pas étonnant qu'Oprah Winfrey ait accepté de produire ce film, écho à sa propre enfance, réalisé par Lee Daniels, d'après le premier roman de la poétesse new-yorkaise Sapphire. Dans son recueil American Dreams, cette ex-enseignante dénonçait déjà les milliers de vies détruites par la pauvreté et la violence, dans son quartier de Harlem.
Planche de salut
La jeune Precious (troublante Gabourey Sidibe), en butte constante à l'hostilité de sa mère (Mo'Nique), trouvera une planche de salut dans une classe alternative pour raccrocheuses, apprenant à lire et à écrire avec des jeunes femmes à l'existence aussi difficile que la sienne. Une professeure compatissante (Paula Patton) la prendra sous son aile afin de lui redonner un peu d'estime d'elle-même. Une travailleuse sociale (Mariah Carey, méconnaissable) lui sera également d'un précieux secours.
Lee Daniels (premier producteur afro-américain lauréat d'un Oscar pour Monsters's Ball) ne donne pas dans la dentelle avec ce second long-métrage (après Shadowboxer). Il raconte cette vie d'une infinie tristesse sans mettre de gants blancs. La photographie crue renvoie à la vie de misère de la jeune Precious, bouc émissaire de sa mère et de ses camarades de classe, qui mange littéralement ses émotions. Un seau de poulet frit au déjeuner, par exemple...
Forte distribution
Au-delà de son histoire racontée sans artifices, plombée par des envolées oniriques qui brisent le rythme du film (où l'adolescente s'imagine en chanteuse célèbre), La véritable Precious Jones tire sa force de sa distribution féminine.
La jeune Sidibe et Mo'Nique forment un duo fille-mère dysfonctionnel uni par la même douleur de vivre; Paula Patton, en douce enseignante, apporte un rayon d'espoir, tout comme Mariah Carey, dans un personnage complètement dénué de glamour - de quoi faire oublier sa performance dans le tristement célèbre Glitter. À noter la présence au générique de Lenny Kravitz, en infirmier dévoué et empathique, seul personnage masculin du film.
Au générique
Cote : ***
Titre : La véritable Precious Jones (Precious)
Genre : drame
Réalisateur : Lee Daniels
Acteurs : Gabourey Sidibe, Mo'Nique, Paula Patton, Mariah Carey, Sheri Shepperd et Lenny Kravitz
Salle : Le Clap
Classement : 13 ans
Durée : 1h49
On aime : la leçon de vie et de résilience, le jeu touchant des comédiennes
On n'aime pas : les envolées oniriques un peu agaçantes