La Presse
C’est une belle histoire. Laquelle, à la plus belle manière d’un scénario hollywoodien, finit en une sorte de feu d’artifice. Une histoire qui, surtout, montre la sensibilité humaine et le sens politique d’un leader charismatique qui, même après des années de souffrance, choisit la réconciliation comme arme de combat. Invictus aurait pu – aurait dû – être un grand film. Or, la réalisation étonnamment terne et convenue de Clint Eastwood vient freiner les élans d’une histoire pourtant exemplaire et enthousiasmante.
Du coup, le film a du mal à trouver son souffle. Il faut en effet attendre le dernier acte avant de vibrer enfin au rythme d’un peuple ayant trouvé dans un événement sportif un outil de résilience. Portant à l’écran un scénario d’Anthony Peckham (tiré du livre de John Carlin Playing the Enemy), le réalisateur de Million Dollar Baby s’attarde à décrire un moment charnière de l’histoire de l’Afrique du Sud. Un an après avoir accédé à la présidence de son pays, Nelson Mandela a saisi l’occasion de la tenue, en 1995, de la Coupe du Monde de rugby en ses terres pour en appeler à la réconciliation nationale.
Le récit illustre ainsi comment, malgré ses 27 années de détention à l’époque du régime de l’apartheid, Mandela (Morgan Freeman) a pu trouver les ressources pour faire l’unité au sein d’une nation profondément déchirée. Et obtenir l’appui des Noirs comme des Blancs.
L’exploit n’était pas banal, dans la mesure où l’équipe des Springboks, formée, à une exception près, de joueurs blancs, a longtemps symbolisé aux yeux de la population noire le régime raciste qui l’a tant persécutée pendant toutes ces années. Mandela a pourtant pris le pari de transformer un symbole de haine et de division en instrument d’unification. Il a appelé la population noire à se rallier derrière l’équipe nationale au nom de la survie du pays.
Le grand intérêt de ce récit réside justement dans la manière qu’a empruntée Mandela pour faire honneur à ses principes, notamment au sein de son entourage politique. Le Président aura d’ailleurs tôt fait de surprendre son personnel en mêlant des employés de l’ancien régime (blancs) au sien, même dans sa garde rapprochée, chargée de sa sécurité.
Surtout, Mandela trouvera un allié en François Pienaar, le capitaine des Springboks (Matt Damon). Et saura trouver les mots pour convaincre ce dernier d’emmener l’équipe, qualifiée sans gloire à titre de représentante du pays hôte, à se dépasser pour atteindre les plus hauts sommets.
À cet égard, la partie de la grande finale, disputée à l’équipe de la Nouvelle-Zélande, est fort bien tournée. Et rendue de façon parfaitement crédible.
Dommage que pour s’y rendre, il aura fallu attendre longtemps, au gré d’une réalisation sans grand éclat, par moment trop appuyée (une chanson sirupeuse dans laquelle on entend subtilement I’m colorblind!), et très académique.
Évidemment, Freeman en impose dans le rôle de Mandela. Damon est aussi convaincant, malgré un accent à inflexions variable.
Invictus n’est pas un mauvais film. Mais Clint Eastwood n’est pas ici au meilleur de sa forme.
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INVICTUS
Drame sportif réalisé par Clint Eastwood. Avec Morgan Freeman, Matt Damon, Tony Kgoroge. 2h13.
En 1995, le président Nelson Mandela appelle tout le peuple sud-africain à se rallier derrière l’équipe nationale de rugby, formée en majorité de joueurs blancs.
Une histoire exemplaire, racontée de façon trop académique.