Le jeudi 10 décembre 2009
Up in the Air : remarquable dans tous ses aspects
La Presse
Jason Reitman a magnifiquement géré le succès inattendu de Juno. En adaptant très librement un livre de Walter Kirn publié au début de la décennie, l’auteur cinéaste, révélé grâce à Thank You for Smoking en 2005, propose ici un film remarquable dans tous ses aspects. Up in the Air (Haut dans les airs en version française) apostrophe aussi brillamment les travers un peu étranges de notre époque.
George Clooney, dont le parcours est résolument sans faute cette année, parvient même à rendre parfaitement attachant un homme pourtant détaché de tout. Une espèce de tour de force dont on pourrait presque penser qu’il puisse être le seul à réussir.
Sous la caméra de Reitman, l’acteur prête ses traits à un professionnel devant se déplacer partout aux États-Unis afin d’exercer les tâches pour lesquelles de grandes entreprises le paient. Pour tout dire, on embauche Ryan pour faire la (sale) besogne que n’osent pas faire les dirigeants de ces entreprises: annoncer son renvoi à un employé. La crise économique aidant, Ryan est évidemment très sollicité.
Sur le flanc social, Reitman fait ainsi écho à une époque marquée par la récession en insérant dans son film des véritables témoignages, livrés par des gens ayant perdu leur emploi, cadres et sous-cadres pour la plupart. Il en émane un sentiment de vérité, lequel rend encore plus concrète la violence de la chose. Notamment quand la qualité du travail n’est pas du tout remise en cause.
À la peinture sociale, l’auteur cinéaste juxtapose aussi un portrait intime fascinant. Sans attaches, Ryan passe pratiquement sa vie dans les hôtels et les aéroports, bénéficiant des privilèges que lui consentent les différents programmes de fidélisation. D’une certaine façon, il trouve son équilibre dans ce régime de vie particulier, détaché de ses émotions tout en étant très fonctionnel. Et de commerce agréable.
Or, la routine se dérègle le jour où on lui met dans les pattes une jeune cadre ambitieuse (Anna Kendrick) auquel son patron (Jason Bateman) semble prêter grande attention. Cette dernière propose en effet un nouveau modèle d’affaires. Elle suggère en outre que toutes les opérations soient désormais réalisées à l’aide de vidéo-caméras, rendant ainsi tout déplacement inutile.
Face à cette perspective, et contemplant aussi le vide de son existence, Ryan n’a d’autre choix que d’emmener la jeune femme avec lui en tournée. Sa rencontre avec Alex (Vera Farmiga), une femme aussi indépendante que lui, viendra aussi bousculer ses habitudes.
Up the Air est plus qu’une comédie romantique aux relents de blues existentiel. Sans trop en avoir l’air, Reitman apostrophe quelque chose dans l’air du temps. Et circonscrit magnifiquement la nature d’une époque où les individus se replient sur eux-mêmes en guise de défense. À cet égard, l’auteur cinéaste affiche une finesse dans son écriture et dans sa réalisation, mais aussi, surtout, dans sa compréhension d’un monde affligé par des drames qui vont bien au-delà des simples statistiques. Et il tient le pari de faire sourire malgré tout.
Up in the Air est, sans contredit, l’un des meilleurs films de l’année.
--------------------------------------------------
****
UP IN THE AIR
Comédie dramatique réalisée par Jason Reitman. Avec George Clooney, Vera Farmiga, Anna Kendrick. 1h49.
La vie d’un homme passant sa vie entre hôtels et aéroports risque d’être transformée par les nouvelles idées d’une recrue, de même que par une rencontre de nature amoureuse.
Un portrait social et intime remarquable. Un des meilleurs films de l’année.