Le jeudi 17 décembre 2009
Étreintes brisées : belles variations sur de mêmes thèmes
La Presse
Depuis sa présentation au Festival de Cannes, où il a été sélectionné en compétition officielle, le plus récent film d’Almodovar a pratiquement fait consensus auprès de la critique internationale. Los Abrazos Rotos (Étreintes brisées est le titre français) serait un film «mineur» dans la filmographie du chantre de la Movida, à ne pas ranger dans la même catégorie que Tout sur ma mère, Parle avec elle, ou Volver.
C’est vrai, Étreintes brisées n’atteint pas le même état de grâce. Mais quand même. On trouve dans ce nouvel opus des relents de la Loi du désir et de la Mauvaise éducation. Surtout, il y a dans ce 17e long métrage une façon unique de parler d’amour, de création et de cinéma. Un cinéma qui, aux yeux du cinéaste, magnifie tout. Et sublime aussi bien les petits que les grands drames de l’aventure humaine.
De manière très habile, Almodovar pose les jalons d’une histoire complexe sans ne jamais rien perdre de vue. À cet égard, il affiche une maîtrise remarquable. Il se permet même de manier l’auto-référence sans aucune complaisance.
Au coeur de son histoire: un cinéaste aveugle. Woody Allen avait déjà utilisé cette idée pour en souligner toute l’ironie dans Hollywood Ending. Chez Almodovar, la cécité du protagoniste emprunte plutôt les allures d’une tragédie. Handicapé depuis un accident à la suite duquel il a non seulement perdu la vue, mais aussi la femme qu’il aimait, Marco Blanco (Lluis Homar) doit replonger dans ses souvenirs à la faveur d’une rencontre avec un jeune homme issu du passé.
Ainsi, tous les détails du drame – avec ses nombreuses ramifications – sont évoqués au fil du tournage du dernier film qu’a réalisé Marco – qui travaille aussi sous un pseudonyme – il y a 14 ans. Comédie déjantée à la Femmes au bord de la crise de nerfs (avec son célèbre gaspacho), Filles et valises mettait en vedette la conjointe du producteur, une jeune femme prénommée Lena (Penélope Cruz), de qui Marco est tombé éperdument amoureux. On ne donnera pas ici plus de détails. L’un des grands plaisirs du film réside justement dans la manière qu’utilise l’auteur cinéaste pour déployer tous les fils de son récit.
Films à tiroirs, Étreintes brisées peut évidemment être vu comme une variation sur de mêmes thèmes. Désir, manipulations en tous genres, douce folie contagieuse. Avec ses accents de mélodrame, le film évoque aussi le cinéma de la grande époque tout en étant ancré dans une vraie modernité.
Comme toujours, les acteurs sont impeccables. Almodovar trouve de nouveau le moyen de réinventer sa muse Penélope Cruz. Lluis Homar offre aussi une magnifique composition, d’autant qu’il a l’honneur de camper l’un des rares personnages masculins autour desquels Almodovar a construit une histoire.
On prendrait ce genre de films «mineurs» n’importe quand.
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***1/2
LOS ABRAZOS ROTOS (Étreintes brisées)
Drame réalisé par Pedro Almodovar. Avec Penélope Cruz, Lluis Homar, Bianca Portillo. 2h08.
Plusieurs années après être devenu aveugle, un cinéaste relate à un jeune homme les circonstances de l’accident.
Un Almodovar plus «mineur» mais néanmoins très riche…