La Presse
On se retrouve devant le monde que James Cameron a créé dans Avatar un peu comme on s'est autrefois retrouvé devant les combats intersidéraux de Star Wars, les dinosaures de Jurassic Park et la Terre du Milieu de The Lord of the Rings. Bouche-bée.
L'expérience est sidérante. Du jamais vu. Du réussi. Le réalisateur de Titanic, celui qui, il y a 12 ans, s'est dit «le roi du monde», a simplement (!) joué à dieu cette fois-ci. Il a créé de toutes pièces une planète, avec sa faune, sa flore, ses habitants, leur langue, leur civilisation. Et cette planète, il parvient non seulement à nous faire croire qu'il y est allé et en a rapporté des images, mais, aussi, il nous donne l'impression que nous y sommes aussi. L'immersion est totale.
Sur le plan technologique, Avatar marque d'une pierre blanche l'histoire du cinéma.
On reprochera au récit de manquer d'originalité (aucune surprise dans ce scénario) et aux personnages, d'être archétypaux. C'est vrai. Sur le plan du contenu, l'oeuvre manque d'une dimension, la profondeur. Mais en ce qui concerne le contenant, Avatar pousse la technologie du 3D là où elle n'avait encore jamais été. Malgré les lunettes «poches» qu'il faut porter et le flou qui, par moments (mouvements rapides, montages syncopés), nous rappellent que nous sommes dans une salle de cinéma et non sur Pandora.
Pandora, c'est le nom de la planète dont un important consortium désire fouiller les entrailles, riches en un minéral précieux qui serait la solution à la crise de l'énergie qui, en 2154, sévit sur Terre. Le hic, c'est que Pandora est habitée. Les indigènes, géants longilignes mesurant 3 mètres, à la peau bleue, aux membres déliés, aux yeux immenses, vivent sur les filons les plus riches et protègent leur territoire - oui, ça rappelle bien des pages d'histoire de la planète bleue.
Pour apprendre à les connaître, une équipe scientifique dirigée par le docteur Grace Augustine (Sigourney Weaver) a mis au point des «avatars», créatures mêlant l'ADN des Na'vis à celui d'un humain dont la conscience, lorsqu'il est mis en sommeil artificiel, est transféré dans le corps de l'extraterrestre qui porte sa signature génétique.
C'est ainsi que Jake Sully (Sam Worthington, vu dans Terminator Salvation), ex-marine devenu paraplégique, se retrouve dans le programme - son jumeau identique, qui y participait, étant mort. La mission, qui lui est confiée par son ancien supérieur (Stephen Lang): infiltrer ces «singes bleus», trouver leurs faiblesses et ainsi, aider les forces armées à frapper là où ça fera mal.
Mais Jake va «revivre» dans ce nouveau corps. Marcher. Courir. Apprivoiser un monde. Et Neytiri (Zoë Saldana, vue dans Star Trek), une jeune Na'vi fière et forte (de Terminator à Aliens en passant par Titanic et la série Dark Angel, elles sont comme ça, les femmes de l'univers «cameronien»).
Bref, à travers ses yeux de nouveau venu sur Pandora, le spectateur découvre la planète, le mode de vie des Na'vis, leur manière de se déplacer dans les arbres ou en chevauchant des montures aux allures de dinosaures ou de reptiles volants (ces scènes sont spectaculaires). Et les Na'vis eux-mêmes. Nés d'une prouesse technologique.
Il est sidérant de voir l'expressivité de ces personnages - oubliez le regard mort des vikings de Beowulf, pensez à Gollum... et imaginez mieux encore - qui, malgré les différences dans les traits et les proportions, ressemblent à l'acteur qui les incarnent. On ne parle plus ici de motion capture mais de performance capture.
Sidérantes aussi, les scènes d'action où les comédiens en chair et en os côtoient des êtres de pixels dans des décors virtuels. Si vous pensiez avoir tout vu avec la bataille de Minas Tirith dans The Lord of the Rings, accrochez-vous.
Le résultat (réalisé avec un budget estimé à plus de 300 millions) est exceptionnel. James Cameron, qui pense trilogie (et la finale d'Avatar est... ouverte à ça), a attendu 15 ans pour que la technologie puisse se faire le reflet de son imaginaire. Ça valait le coup. Et le coût? Ça, l'histoire le dira.
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AVATAR. Science-fiction de James Cameron. Avec Sam Worthington, Zoë Saldana, Sigourney Weaver, Stephen Lang. 2 h 42.
En 2154, les humains s'installent sur une planète riche en un minéral précieux. Le hic : elle est habitée. Un ex-marine est recruté pour «habiter» un corps extra-terrestre et, ainsi, infiltrer les rangs des indigènes.
Les personnages et l'histoire auraient mérité une autre dimension (la profondeur) mais sur le plan technologique, ce film marque d'une pierre blanche l'histoire du cinéma.