L'oeuvre de Pedro Almodóvar, tel un bon millésime, tend à se bonifier avec le temps. Après les très réussis Tout sur ma mère, Volver et La mauvaise éducation, la nouvelle offrande du cinéaste madrilène, Étreintes brisées, son 17e film, s'inscrit dans une filmographie riche d'une belle maturité.
Triangle amoureux sur fond de passion, de jalousie, de fatalité et de trahison, doublé d'un magnifique hommage au septième art, cette nouvelle offrande (Los Abrazos Rotos en version originale) permet à Almodóvar de servir ce qu'il a baptisé «une célébration de l'acte d'inventer et de raconter une histoire».
Sa nouvelle géométrie amoureuse se déploie dans un scénario à tiroirs fascinant et astucieux. Son personnage central est un réalisateur, Mateo Blanco (Lluis Homar), devenu aveugle à la suite d'un accident de la route. La fem-me de sa vie a également perdu la vie dans la tragédie.
Avec l'aide de sa fidèle directrice de production (Blanca Portillo) et du fils de celle-ci, Matteo est devenu scénariste sous le pseudonyme de Harry Caine. Même si le chagrin l'accable, il n'en demeure pas moins animé d'un vif désir de création, qui lui permet d'oublier ce qui est arrivé 14 ans plus tôt, sur une route de l'île de Lanzarote.
L'arrivée d'un mystérieux personnage amènera Blanco à revisiter les zones sombres de son passé, au fil du making of de son film dans lequel revit le personnage de Lena (Penélope Cruz), une ex-escorte devenue sa maîtresse bien-aimée.
La jeune femme doit sa nouvelle carrière d'actrice à la fortune de son riche (et jaloux) mari producteur, prêt à délier les cordons de sa bourse pour la garder à ses côtés. Elle connaîtra son baptême du cinéma au générique d'une comédie kitsch de Mateo, Filles et valises, variation libre et ludique d'un des premiers films d'Almodóvar, Femmes au bord de la crise de nerfs.
Ces inventives Étreintes brisées s'avèrent l'expression d'un artiste en pleine possession de ses moyens. Si l'on peut reprocher une certaine théâtralité dans le propos et une narration parfois un peu confuse, il n'en demeure pas moins qu'Almodóvar signe une oeuvre dense et captivante, tout à la fois film noir, mélodrame, suspense et comédie romantique.
Symboles cinématographiques
Même si le cinéma a toujours joué un rôle important dans les films d'Almodóvar, Étreintes brisées marque une étape. Les références et symboles cinématographiques abondent dans ce nouvel opus, où le cinéaste salue ses maîtres à penser : Douglas Sirk, Alfred Hitchcock, Vincente Minelli, sans oublier Roberto Rossellini et son Voyage en Italie (avec Ingrid Bergman et George Sanders). Almodóvar en convient lui-même : jamais n'avait-il fait une déclaration d'amour aussi explicite au septième art.
Le plus grand cinéaste de fem-mes de son époque donne encore une fois un rôle de choix à l'une de ses actrices de prédilection, Penélope Cruz, toujours aussi gracieuse et lumineuse. Et pour la première fois, Almodóvar effleure le thème de la paternité, à travers la relation particulière entre le réalisateur aveugle et son fils spirituel. Almodóvar avouait d'ailleurs à Cannes qu'il comptait à l'avenir intégrer davantage de personnages masculins dans ses films.
À quand Hommes au bord de la crise de nerfs?
Au générique
Cote : ****
Titre : Étreintes brisées (Los Abrazos Rotos)
Genre : drame
Réalisateur : Pedro Almodóvar
Acteurs : Penélope Cruz, Lluis Homar, Blanca Portillo, José Luis Gomez, Ruben Ochandiano et Tamar Novas
Salle : Cinéplex Sainte-Foy
Classement : 13 ans
Durée : 2h08
On aime : le scénario subtil, le jeu sensible de Penélope Cruz, la trame sonore, le générique d'ouverture, la direction artistique
On n'aime pas : une certaine théâtralité dans les dialogues