Le jeudi 21 janvier 2010
Crazy Heart : un coeur country
La Presse
Crazy Heart, premier long métrage du réalisateur et scénariste Scott Cooper, arrive en salle précédé d’une prestigieuse carte de visite: le Golden Globe du meilleur acteur décerné à Jeff Bridges.
On ne tarde pas à comprendre pourquoi l’interprète de Bad Blake, chanteur country à la voix forgée aux cigarettes et au Jack Daniels, a ravi la statuette à George Clooney (en nomination pour Up in the Air). Croisement entre Waylon Jennings et Merle Haggard, le cadet des Bridges s’imprègne jusqu’à la mœlle de cette épopée country faite d’égarements sur la route, de nuits sexy aux effluves de whisky et, bien sûr, d’amours impossibles qui, forcément, brisent les cœurs et les espoirs. À la fin de la journée, il y a toujours la musique country pour continuer à vivre.
Le plus gênant des défauts de cette histoire simple, pourtant sincère et bien tournée, est le souvenir trop récent de The Wrestler, qui racontait à peu près la même histoire, mais sur un ton plus noir et désespéré.
Comme l’inoubliable lutteur magané immortalisé par Mickey Rourke, le Bad Blake de Jeff Bridges est un vieux routier mal en point qui fait paniquer son cardiologue et possède un talent naturel pour l’autosabotage. Une star déchue, paumée et fauchée, qui loge dans un motel et espère sans trop y croire relancer sa carrière. L’arrivée dans sa vie de Jean, jeune journaliste monoparentale (Maggie Gyllenhaal), redonne une étincelle au regard de braise de ce rescapé des bars, de la gloire passée et de quatre mariages ratés.
Gyllenhaal fait preuve d’intelligence et de sensualité dans cette partition de femme blessée éprise de musique et sans doute un peu groupie, qui se laisse un peu trop facilement entraîner dans les bras de ce mauvais garçon trop vieux pour elle.
L’Amérique et sa musique
Malgré un scénario prévisible – un chanteur de 58 ans qui empoigne sa bouteille de Jack le matin et une maman d’un gamin le soir, ça ne peut que mal tourner –, Crazy Heart impose fièrement son esprit country sans jamais sombrer dans le pathétique ou, pire, le quétaine. La qualité du jeu des acteurs y est pour beaucoup. Outre Gyllenhaal et Bridges, Colin Farrell fait un passage bref mais efficace dans les habits de scène de Tommy Sweet, étoile montante de Nashville, qui voue un culte à Blake, son aîné et mentor qui chante en première partie de ses concerts.
Prétexte pour montrer une Amérique éprise de sa musique – les scènes où Bridges chante dans les bars sont particulièrement réussies –, Crazy Heart ralliera sans doute les amoureux de Nashville, grâce à sa trame musicale où les Robert Duvall, Colin Farrell et Jeff Bridges joignent leurs voix à celles de stars country comme les Delmore Brothers et Sam Phillips.
Peut-être pas un chef-d’oeuvre, ni même un film coup de poing, Crazy Heart a du coeur, de l’âme et autant de sincérité qu’une toune de Dolly Parton.
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***1/2
CRAZY HEART
Drame de Scott Cooper. Avec Jeff Bridges, Maggie Gyllenhaal, Colin Ferrell.
Un chanteur de country vieillissant et alcoolique retrouve une lueur d’espoir dans les bras d’une jeune monoparentale éprise de musique.
Un film qui a du coeur et de l’âme, porté par un Jeff Bridges et une Maggie Gyllenhaal habités.