Le jeudi 28 janvier 2010
Le dernier pour la route : sensible mais littéral
La Presse
En 2004, Hervé Chabalier, un journaliste émérite français, a rendu public son alcoolisme. Son autobiographie Le dernier pour la route décrivait sa cure fermée de cinq semaines, pendant laquelle il avait réussi à accepter ses faiblesses et à renoncer à la bouteille.
Philippe Godeau, un producteur tout aussi émérite, vient de faire de cette confession un film très sensible, mais malheureusement aussi très littéral. En sortant de Le dernier pour la route, on comprend très bien comment fonctionne ce type de traitement et l’approche des Alcooliques anonymes.
Dans le rôle principal, François Cluzet fait montre d’une anxiété palpable, qui n’est pas sans rappeler son personnage de La vérité ou presque. On sent, par des gestes infimes, la violence que doit se faire son personnage d’Hervé pour accepter de faire partie d’un groupe.
C’est le premier film de Godeau, mais ce long métrage s’approche de celui qu’il avait produit en 2001, C’est la vie. Encore une fois, il s’agissait d’une autobiographie, cette fois placée dans un mouroir pour sidéens. Et encore une fois, le personnage principal, qui était campé par Jacques Dutronc, était vaguement misanthrope et vivait une rédemption par le groupe.
Le dernier pour la route permet de se poser la question de l’intérêt des autobiographies, par rapport à la fiction. Pourquoi une «histoire vécue» est-elle plus intéressante au cinéma que la même histoire racontée par un roman? se demandait récemment le New Yorker, dans un dossier sur les récents scandales d’autobiographies truffées de faussetés.
Malgré le jeu tout en nuances de François Cluzet, Le dernier pour la route est surtout intéressant quand on l’inclut dans cette vaste interrogation philosophique.