La Presse
Après les dérapages qu’il a commis au cours des dernières années, Mel Gibson revient au jeu dans le rôle d’un homme qui n’a plus rien à perdre. Un peu comme l’acteur-réalisateur-producteur... et c’est peut-être pour cela que le personnage de Thomas Craven lui colle aussi bien à la peau. Ça, et le fait que derrière la caméra se trouvait Martin Campbell. Celui qui a réalisé Casino Royale et insufflé une nouvelle vie à James Bond; et qui, au milieu des années 80, a signé la mini-série britannique sur laquelle est basé Edge of Darkness.
Parce qu’à l’origine de ce thriller se trouvait six heures de matériel dense et sombre. On y suivait, comme on suit dans le long métrage, un détective dont la fille, Emma (Bojana Novakovic, juste), est assassinée. Il est, dans un premier temps, persuadé qu’il était la cible et qu’elle est tombée sous une balle qui lui était destiné, à lui. Poussé par la culpabilité et la douleur, il mène l’enquête. Et découvre des pans de la vie de sa fille dont il ne soupçonnait pas l’existence.
Il comprend alors que le tueur la visait, elle. Il voudra savoir pourquoi et mettra le doigt dans un engrenage politico-financier – et sur la gâchette. Sur sa route, des alliés et des ennemis.
Parmi eux, peut-être noirs peut-être blancs mais portant le «gris neutre» au départ, notons Darious Jedburgh (Ray Winstone, excellent), un agent du gouvernement qui oeuvre dans l’ombre; et Jack Bennett (Danny Huston, convaincant), la tête dirigeante de l’entreprise qui employait Emma.
Disons que les scénaristes William Monahan (The Departed) et Andrew Bovell, qui ont condensé la série en un long métrage, ont eu de bons réflexes. Transposer l’intrigue à Boston, ville qui a un important passé irlandais, alors que l’original se déroulait dans la Grande-Bretagne de Margaret Tatcher, est une excellente idée. Les enjeux qu’ils ont trouvés pour remplacer la Guerre froide qui servait de trame de fond à l’oeuvre télévisuelle, passe sans heurt.
En fait, qui ne connaît pas le «passé» de cette histoire peut la prendre pour un récit original. On ne sent pas l’adaptation sur les fronts lieux et temps. C’est moins le cas en ce qui concerne le déroulement de l’enquête: le foisonnement de pistes, les masques qui tombent et les identités qui se révèlent, tout cela avait le temps d’être exposé et exploité en six heures. Pas en deux. Ce qui explique – probablement – pourquoi le film se déroule sur deux rythmes. Très lent pour les premiers actes, où les choses et les gens s’installent. Très rapide pour le dernier, où les boucles se bouclent. Le résultat, là, est moins convaincant.
Heureusement, pour lier le tout du mieux possible, la réalisation de Martin Campbell. Ses choix sont percutants et efficaces. En particulier dans cette volonté de réalisme cru (il ne fait pas dans la dentelle quand des personnages se cognent dessus ou reçoivent une balle) et de «prise par surprise»: les scènes d’action ne sont pas annoncées, le drame arrive quand on ne s’y attend pas – prenant personnages et spectateurs par surprise.
Bref, un retour encourageant pour Mel Gibson. S’il peut en plus éviter les colonnes des journaux à potins, il pourrait regagner bien des points sur l’échelle de la popularité.
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EDGE OF DARKNESS (V.F. : AUX FRONTIÈRES DES TÉNÈBRES)
Thriller de Martin Campbell. Avec Mel Gibson, Ray Winstone, Danny Houston, Bojana Novakovic. 2h01
Un détective de Boston enquête sur la mort de sa fille, tombée sous une balle qui, croit-il, lui était destinée – à lui.
Mel Gibson en homme qui n’a plus rien à perdre devant la caméra de celui qui a ressuscité James Bond avec Casino Royale. Efficace mais pas original.