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Aleksi K. Lepage (collaboration spéciale) |
La Presse
Comment parler de cette chose et rester poli? Soyons discrets, ne crions pas au navet. Mais Lucky Luke, revu et relu par James Huth (Serial Lover) et ses scénaristes, est un film embarrassant, à tous les points de vue. Quelques rares morceaux de bravoure sauvent l’entreprise du fiasco absolu. Voulu branché, excessivement cool, ce Lucky Luke n’est pas l’adaptation fidèle de tel ou tel album des innombrables aventures du cowboy solitaire, mais un hommage rendu à l’oeuvre de Morris et Goscinny, regrettés auteurs de la populaire bande dessinée. Cela est clairement indiqué, dès l’ouverture du générique. Délicatesse appréciée.
Le film dérape au départ lors d’une scène inutilement intense, qu’on dirait sortie d’un film de John Woo, laquelle explique le passé troublant du personnage. James Huth et ses scribes font alors de ce cow-boy taciturne, pourfendeur des brigands, caricature sympathique du héros de l’ouest américain, une figure tragique. Mauvaise idée. Ensuite on verra Lucky, devenu le mythique héros du far-west, tâcher de libérer Daisy Town de l’emprise des brigands et des magouilleurs.
Par bonheur, Huth respecte parfois l’esprit et le look de la bédé, et les clins d’oeil destinés aux fans sont bienvenus. N’attendez pas cependant l’apparition des frères Dalton ou du chien Rantanplan, ce Lucky Luke pioche dans les tout premiers albums de la série. On y croise des personnages fétiches: le suave Jesse James (Melville Poupaud), l’insolent Billy The Kid (insupportable Michaël Youn), la garçonne Calamity Jane (Sylvie Gestud), l’inévitable croque-mort et, bien sûr, Jolly Jumper, le brave cheval qui parle (ici par la voix de Bruno Salomone.) Sur papier, le projet semble intéressant. À l’écran, c’est le bordel total. Lucky devient la caricature de ce qui était déjà une caricature, et tout le film sombre assez vite dans le chaos. Dit simplement, c’est n’importe quoi et c’est fait n’importe comment.
Racoleur, pétaradant, Lucky Luke version 2010 cherche son style et pèche par abus de références (à Sergio Leone, inévitablement, mais aussi à Sam Peckinpah et son célèbre The Wild Bunch). Les braquages et les fusillades s’enchaînent et s’accumulent jusqu’à l’ennui. L’amusant Jean Dujardin se sort noblement du désordre, dans le rôle titre, avec le costume et la houppette. Les bottes, les éperons, l’air tourmenté et ce célèbre brin d’herbe en guise de cigarette. Mais ce spectacle mal écrit et mal monté, divertissant tout au plus, est une fumisterie.
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LUCKY LUKE
Comédie dramatique de James Huth. Avec Jean Dujardin, Michaël Youn, Sylvie Testud. 1h44
Les premiers albums de Lucky Luke relus, revus et gonflés au grand écran pour les jeunes générations. Hommage honnête mais boiteux.
N'importe quoi.