La crainte des foudres du ciel et de la colère de Dieu, si présente au cinéma américain depuis quelque temps, trouve dans ce drame fantastico-religieux une illustration particulièrement grotesque, digne des sectes les plus paranoïaques. De quelques notions bibliques glanées çà et là, on a bricolé un scénario indigent truffé de dialogues indigestes. Le plus troublant, c'est que l'idée de base n'est pas dépourvue de sens. Voilà ce qu'on appelle pervertir un sujet : le détourner de son bon sens pour le rendre mauvais. Fouiller dans les angoisses existentielles des gens pour en faire du grand guignol est devenu rentable... puisque les gens en redemandent. Tout le monde en route pour un charmant voyage au bout de l'enfer.Croyez-le ou non, Légion est un film à message : un message claironné au début et à la fin, dans les mêmes termes : «Dieu en a assez de toutes nos conneries!» La phrase est d'abord lancée dans le diner, où tout commence à se dérégler et où se présentent des clients bizarres qui se changent en démons. Le patron, Bob Hanson (Dennis Quaid), incarne l'enlisement du rêve américain : Hanson a bâti son resto en plein désert en prévision de la construction d'une autoroute qui n'est jamais venue. Son fils Jeep (Lucas Black) est un bon gars sans ambition, amoureux transi de Charlie (Adrianne Palicki), une serveuse enceinte des oeuvres d'un mystérieux inconnu.
Bons et mauvais anges
Survient un «desperado» au volant d'une auto de police volée. Avec son arme et son cache-poussière, c'est la réincarnation du héros de western, et accessoirement l'incarnation de l'archange Michel (Paul Bettany), rien de moins. On l'a vu se couper les ailes et se faire des points de suture, afin de partager notre humaine condition au lieu d'obéir aux ordres de Dieu, qui a décidé de nous exterminer. Il va s'opposer violemment à l'archange Gabriel (Kevin Durand), qui reste fidèle à la volonté de Dieu. Résumons : celui qui obéit à Dieu est le mauvais ange, et celui qui lui désobéit est le bon!
À travers ce fatras, quelques phrases-chocs se démarquent, tel ce court échange entre le pauvre pécheur : «Je ne crois plus en Dieu!» et le bon ange : «Ça tombe bien, il ne croit plus en toi!»
Une autre idée intéressante est la stigmatisation de la paranoïa chez nos voisins, qui explique la course aux armes dans l'Amérique profonde. Dans ce bled perdu du Nouveau-Mexique, tous les étrangers sont des ennemis, des méchants qu'il faut canarder.
Quand on demande à un client louche pourquoi il porte une arme très dangereuse, il répond : «C'est pour me protéger des gens qui me cherchent.» Après avoir bien identifié le danger que représentent les armes, Stewart met en scène une série de tueries effroyables où l'on n'épargne ni les enfants, ni les vieillards. Au-delà des discours, l'Amérique reste fidèle à sa foi profonde : Gun is God!