Le samedi 6 février 2010
Le ruban blanc: le village des damnés
Le Soleil
Ce serait faire preuve d'un jugement à courte vue de penser que Michael Haneke a remporté la Palme d'or à Cannes, le printemps dernier, parce que la présidente du jury, Isabelle Huppert, lui en devait une, en raison de son prix d'interprétation dans La pianiste, du même Haneke, remporté huit ans plus tôt.
Le ruban blanc, premier film à costumes du réalisateur autrichien, méritait amplement cet honneur suprême. Tout comme il mériterait, le mois prochain, l'Oscar du meilleur film étranger.
C'est avec une parfaite maîtrise de sa mise en scène et un esthétisme à la Bergman que Haneke filme un petit village allemand, Eichwald, dans l'Allemagne de 1913-1914, à l'avant-veille de la Première Guerre mondiale. L'apparente quiétude de cette bourgade protestante sera troublée par une série d'étranges incidents.
La chute à cheval du toubib en raison d'un filin tendu entre deux poteaux. L'incendie nocturne d'une grange. Une paysanne victime d'un accident mortel. Un gamin handicapé retrouvé ligoté et passé à tabac dans la forêt. Les habitants du village ne savent plus quoi penser.
Derrière cette violence ordinaire, thème de prédilection de Haneke, se cachent des motifs obscurs qui sont à la source d'un mal plus profond qui ne porte pas encore le nom de nazisme. Car les enfants du récit deviendront, une vingtaine d'années plus tard, ceux qui éliront le Führer et sa funeste idéologie. Autant de petits aryens en devenir...
Rigidité morale
Entre-temps, c'est en portant au bras un ruban blanc, symbole de pureté et d'innocence (et annonciateur des symboles fascistes) que ces gamins (dirigés de façon exemplaire par Haneke) feront les frais des fourberies des adultes, portés par une rigidité morale érigée en code de conduite.
Or, dans cette société protestante pieuse, les monstruosités abondent. Le pasteur du village, porté sur le martinet, se préoccupe davantage du sort de son serin en cage que de ses propres enfants. Le médecin aime soigner les gamins, mais d'une façon qui dépasse son sens du devoir. Son comportement avec la sage-femme, son amante, est particulièrement odieux. La seule figure d'autorité du village est un jeune instituteur, narrateur devenu vieux de l'histoire de ce village damné.
Porté par une magnifique photographie en noir et blanc et une mise en scène naturaliste qui rappellent les tableaux des grands peintres, Le ruban blanc se veut une oeuvre parabole d'une troublante austérité, mais aussi un profond travail de réflexion sur les origines du mal.
Au générique
Cote : *** 1/2
Titre : Le ruban blanc
(Dan Weisse Band)
Genre : drame historique
Réalisateur : Michael Haneke
Acteurs : Burghart Klaussner, Rainer Bock, Susanne Lothar, Christian Friedel et Steffi Kühnert
Classement : général
Durée : 2h25
On aime : le scénario d'une grande finesse, la magnifique photographie noir et blanc, le jeu des enfants, la réflexion sur les origines du nazisme
On n'aime pas : une austérité un peu trop érigée en dogme