La Presse
«Life’s a bitch and then you die, that’s why we get high», gueule Nas, pendant une très belle scène de Fish Tank où mère, fille aînée et fille cadette exécutent dans leur salon une danse plus désespérée que festive. Cette complainte de désabusés, hymne pour tous ceux qui sont nés du «mauvais bord de la track», résume le propos de Fish Tank, chronique de l’existence cul-de-sac des banlieues désolées de Londres (Essex) qui a décroché le Prix du jury à Cannes en 2009.
La jeune Katie Jarvis (jeune Anglaise qui n’avait jamais joué de sa vie) se glisse avec sincérité et naturel dans les habits de sport de Mia, adolescente éprise de hip-hop et du chum (Michael Fassbender) de sa bombe de mère (Kierston Wareing). Dans le sillage de Ken Loach et des frères Dardenne, Andrea Arnold livre un film social, souvent drôle et plein de vie, qui dépeint néanmoins une existence condamnée à la promiscuité, à l’alcoolisme, à la violence psychologique et à l’inceste. L’école est inexistante dans la vie solitaire de Mia, qui boit et fume tout comme sa petite frangine, et trouve dans le hip-hop le salut pour survivre à la rudesse de son monde.
Mais il y a des parcelles d’espoir, et une certaine beauté dans ce conte urbain où la nature (un étang, une forêt) offre à la jeune héroïne une fuite et un repos. Et malgré ses débuts difficiles, la gamine de 15 ans démontre le courage qu’il lui faudra pour échapper à son destin.
Une existence condamnée à la misère, sur laquelle Andrea Arnold pose un regard franc. Cela donne un film admirable.
FISH TANK
Drame d'Andrea Arnold. Avec Katie Jarvis, Michael Fassbender, Kierston Wareing.
Une ado tente de séduire l'amoureux de sa mère dans une banlieue pauvre de Londres.
Un film admirable, gagnant du Grand Prix du jury à Cannes.
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