Le Soleil
L'adaptation de la bande dessinée culte Le petit Nicolas ressemble à une carte postale de la France du milieu du siècle dernier. À travers les aventures légères et saugrenues de ce gamin aux grands yeux bleus (Maxim Godart), le spectateur est convié à un voyage au pays de la nostalgie et de l'enfance.
Plutôt que d'adapter un album en particulier, le réalisateur Laurent Tirard a choisi de piger ses histoires ici et là dans l'oeuvre de Goscinny et de Sempé. Les principaux personnages sont presque tous là, dont les meilleurs amis du gamin : Alceste le goinfre, Clotaire le cancre, Geoffroy le fils à papa, Agnan le cafard et Rufus le fils de l'agent de police.
La France du Petit Nicolas n'existe aujourd'hui que dans les livres et les musées. C'était l'époque où les parents ne divorçaient pas et habitaient toute leur vie dans une maison sortie d'un catalogue de décoration des sixties, couleurs criardes comprises.
La maman de Nicolas (Valérie Lemercier) reste à la maison, «puisqu'elle a toujours voulu être maman». Comme les hommes de son époque, son papa (Kad Merad), employé du bureau en attente d'une promotion, préfère lire son journal du soir plutôt que d'aider aux taches ménagères.
La France d'antan du petit Nicolas est aussi celle où le professeur (Sandrine Kiberlain) règne sur ses ouailles, tous tirés à quatre épingles. Aucune place pour l'indiscipline ou le laisser-aller dans la classe. Oubliez les écoles violentes des banlieues parisiennes modernes...
Portrait d'une autre époque
Dans la cour de récréation, Nicolas et ses amis réinventent leur monde. Surtout lorsque le jeune héros, après avoir surpris une conversation de ses parents, s'imagine le pire en croyant qu'il aura bientôt un petit frère ou une petite soeur. Et si papa et maman profitaient d'une balade pour l'abandonner en forêt, comme le Petit Poucet?
Habité d'un charme certain, Le petit Nicolas se laisse regarder avec amusement. Le réalisateur Laurent Tirard brosse avec talent et rythme ce portrait d'une autre époque, où les enfants laissaient aller leur imagination avec bien peu, plutôt que de rester scotchés devant un jeu vidéo. Aussi, Nicolas et ses amis ne donnent pas leur place lorsqu'il s'agit de se débarrasser d'un bébé qui n'est pas encore là. Passe toujours d'embaucher un brigand pour l'enlever, mais encore faut-il avoir l'argent pour payer ses services...
Sous une approche légère, Le petit Nicolas brosse le portrait des couples d'avant l'arrivée du féminisme. Valérie Lemercier apporte à son personnage de mère modèle une irrésistible drôlerie, particulièrement dans son désir de s'émanciper (elle veut que son mari lui apprenne à conduire) et de transcender sa classe sociale pour impressionner le patron de son mari, avec sa poésie scandinave du XVIIe siècle...
Avec sa mignonne petite bouille, le jeune Maxim Godart incarne un petit Nicolas suave, mais plus sage que dans la bande dessinée. De tous ses camarades, le petit Agnan, le chouchou de la maîtresse et souffre-douleur de ses camarades (mais que personne ne peut frapper parce qu'il porte des lunettes...), est de loin celui qui fait le plus rigoler.
Un film sympathique qui saura rallier petits et grands.
Au générique
Cote : ***
Titre : Le petit Nicolas
Genre : comédie fantaisiste
Réalisateur : Laurent Tirard
Acteurs : Maxim Godart, Kad Merad, Valérie Lemercier, Sandrine Kiberlain, François-Xavier Demaison, Michel Duchaussoy, Daniel Prévost, Michel Galabru, Anémone, François Damiens et Louise Bourgoin
Classement : général
Durée : 1h31
On aime : le jeu des jeunes comédiens, les décors et la direction artistique, le personnage de Valérie Lemercier et du jeune Agnan, le clin d'oeil aux Choristes
On n'aime pas : un petit Nicolas trop sage, une histoire pas aussi drôle qu'on l'avait imaginée