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Aleksi K. Lepage (collaboration spéciale) |
La Presse
Le mot dignité vient en tête à propos de cette Dernière Fugue, triste à se moucher mais jamais déprimant, qui aurait pu faire, entre d'autres mains, un téléfilm quétaine et lénifiant.
Pensez: Une fiction à la fois réaliste et mataphorique sur la maladie de Parkinson, les turpitudes familiales, l'hôtital, l'euthanasie, le suicide, la mort, le deuil et, dans ce lot funeste, l'espérance et la joie de vivre. De quoi gâcher une journée.
Mais sous l'oeil de Léa Pool et sous la plume de Gil Courtemanche, cette ode aux dernièrs plaisirs de la vie et à la réconciliation salvatrice, laquelle aborde des thématiques rébarbatives, prend aux tripes et suscite, plus que la réflexion ou l'opinion, l'envie de méditer sur les difficultés du sort. La dernière fugue, ou la mort mode d'emploi.
Pool, intelligente, ici cinéaste «populaire» au sens le plus noble du terme, a pondu, à partir du roman de Courtemanche une oeuvre cinématographique unique, très proche du théâtre: dialogues magnifiques et admirablement rendus par des acteurs dirigés par une véritable artiste qui connaît la technique. Jacques Godin est extraordinaire dans le rôle ingrat d'un homme malade, impotent et malcommode. Andrée Lachapelle y est impeccable. Yves Jacques, tout aussi irréprochable dans la peau du fils fatigué et obscurément revenu d'un passé trouble ce père agonisant, presque mort-vivant.
Tout cela est profondément touchant, troublant, et il faudrait avoir un coeur de pierre pour ne pas s'y émouvoir. Mais l'épilogue tronqué, sorte de «fin ouverte», gâche l'ensemble, comme si Léa Pool avait hésité entre la tragédie humaine, le téléroman et l'exercice de style.
La dernière fugue, malgré ses grandes qualités, dont une formidable direction d'acteurs, a ses côtés esthétisants, ce raffinement formel qui ne plaira peut-être pas au grand public, auquel le film s'adresse pourtant. Oui, on y essuie quelques larmes.
Oui, le spectateur s'y reconnaîtra, ou y reconnaîtra ses proches, à travers l'un ou l'autre des multiples personnages. Oui, le message est grand et universel. Oui, La dernière fugue est un bon film. Mais pas ce grand film qui bouleverse profondément et qu'on était en droit d'attendre de Pool, capable de mieux.
La dernière fugue nous abandonne émus, troublés, amusés, choqués un peu, mais ces émotions nous quittent dès le générique final, nous laissant plutôt sur l'impression d'avoir assisté à une belle leçon de formation morale.
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La dernière fugue. Drame de Léa Pool. Avec Jacques Godin, Andrée Lachapelle, Yves Jacques. 91 minutes.
L'histoire d'une petite famille, plus ou moins unie, qui doit, difficilement, accepter la mort du père, atteint de la maladie de Parkinson.
Beau film qui parle sans détour de choses graves et profondes, avec tact et inteligence, mais qui laisse au bout du compte aussi agaçé et indifférent qu'un téléroman pédagogique.