Le Soleil
Québec
Parler de la maladie et de la mort n'est pas chose facile. La maladie et la mort d'un enfant, encore moins. Dans la vie comme au cinéma. D'où le défi présenté par l'adaptation au grand écran du roman Oscar et la dame rose, de l'écrivain philosophe Eric-Emmanuel Schmitt.
Sans verser dans l'atermoiement, Schmitt livre une histoire d'une belle sensibilité qui accorde une large place à la fantaisie et à la légèreté pour faire contrepoids à l'infinie tristesse rattachée à l'histoire, en l'occurrence celle d'un gamin de 10 ans, Oscar (excellent Amir Ben Abdelmoumen), con-damné à mourir à brève échéance d'une maladie incurable.
Le garçon est d'autant plus en colère que personne, ni ses parents ni son médecin, n'a le courage de lui parler de son état. «Ils ne peuvent aimer qu'un Oscar en bonne santé», déplore-t-il.
Débarquée de nulle part, Rose, une livreuse de pizzas (Michèle Laroque) deviendra sa grande confidente, après l'intervention providentielle du médecin du jeune malade. Cette divorcée au caractère rugueux, qui cache ses émotions sous une cuirasse de fonderie, l'aidera à traverser l'épreuve grâce à un jeu, tout simple.
Abandonnant sa gêne et son malaise à composer avec sa maladie, Rose convaincra son petit protégé d'écrire des lettres à Dieu afin d'apprivoiser l'inéluctable. Cha-que lettre, larguée dans les airs grâce à un ballon, s'appuie sur la légende des 12 jours divinatoires. Ainsi, chaque jour qui passe comptera désormais pour 10 ans.
Par le pouvoir de son imagination, Oscar quittera le monde de l'enfance pour devenir un adolescent, un adulte, puis un vieillard plus que centenaire. À chaque étape, l'enfant fera l'expérience des sentiments propres à cette tranche d'âge. Surtout l'amour, celui qu'il vouera jusqu'au bout, au fil des décennies, à Peggy Blue, une fillette de son âge hospitalisée dans le même hôpital.
Si le temps qui passe ne revient plus, qu'en est-t-il de celui qu'on ne vivra jamais?
Oscar et la dame rose est un film en lutte contre ce silence qui s'instaure lorsqu'il s'agit de parler de la mort, surtout de celle des tout-petits. Schmitt emprunte le chemin de la poésie et de la fantaisie pour arriver à ses fins. La «dame rose», une soi-disant ex-lutteuse, a le chic pour mettre de la joie au coeur de son petit ami, par le récit de ses combats les plus mémorables (avec le Québécois Benoît Brière comme arbitre).
Ces affrontements ludiques, véritables rayons de soleil sur les pensées noires d'Oscar, risquent toutefois de faire décrocher le spectateur, en raison de leur extravagance et de leur redondance. De la même façon, certains passages sont d'un sentimentalisme un peu trop appuyé.
Il n'en reste pas moins que Schmitt livre un film d'un grand humanisme, susceptible de vous arracher une larme, surtout dans le dernier droit.
On aime : la belle leçon de vie, la finale touchante
On n'aime pas : les matchs de lutte trop fantaisistes et redondants, des scènes à l'émotion trop appuyée