Le Soleil
Québec
Peut-on mourir en toute dignité lorsqu'on n'é-prouve plus aucun plaisir à vivre? Comme enfant, comment se comporter face à un parent diminué par la maladie et qui veut en finir? Et, à juste titre, quelle sera notre attitude lorsque notre tour viendra?
Car il viendra, c'est inévitable, pour tout le monde.
Ces questions sont posées avec intelligence et sobriété dans La dernière fugue, adaptation du roman de Gil Courtemanche Une belle mort, par la réalisatrice Léa Pool. Une oeuvre toute en sensibilité, souvent bouleversante dans sa façon d'aborder le dernier droit de la vie, celui où nos facultés physiques et intellectuelles nous abandonnent graduellement.
C'est le cas d'Anatole Lévesque (Jacques Godin), un septuagénaire atteint de la maladie de Parkinson, qui s'apprête à recevoir pour le réveillon de Noël, avec sa femme (Andrée Lachapelle), ses nombreux enfants et petits-enfants.
On croit sentir l'odeur des bons petits plats. L'heure est aux réjouissances. Les enfants jouent à la Wii pendant que les adultes rigolent et boivent un bon verre de rouge.
Mais au bout de la table, le patriarche demeure désespérément seul. Impotent et incapable de s'exprimer, cet homme cultivé, amateur de bonne chère et de Bach, mais abonné toute sa vie à des petits métiers, est comme un bibelot dans sa propre maison. À peine lui porte-t-on attention. À quoi bon lui offrir ce bon plat, saura-t-il l'apprécier? Un grand cru ou de la piquette, fait-il seulement la différence?
Un boulet pour tous
Dans les circonstances, pourquoi continuer à vivre dans l'isolement le plus total dans la privation des bonnes choses et le sentiment d'être un boulet pour tout le monde?
Seuls André, le fils aîné (Yves Jacques), et Sam, le petit-fils ado (Aliocha Schneider), compatissent à son mal de vivre. Et à son besoin d'en finir, mais non sans avoir goûté une dernière fois à un repas de roi et participé à une ultime expédition de pêche. Une expédition rédemptrice où le fils et le père apprendront à faire la paix au sujet d'un vieux contentieux dérisoire autour d'un... poisson, monté en épingle com-me peuvent l'être toutes les histoires de famille.
C'est à une histoire dure, mais ô combien éclairante, que convie Léa Pool avec La dernière fugue, film choral porté par une belle brochette d'acteurs. La relation aigre-douce d'autrefois entre le fils aîné (Yves Jacques) et son père est reconstituée à travers de vieux films super 8, autant de moments nostalgiques qui jettent un éclairage en profondeur sur ce qui constitue le coeur du film.
Le film n'apporte pas de réponses préfabriquées sur une question aussi complexe que le libre arbitre d'un individu à quitter ce monde une fois rendu au bout du voyage, épuisé. Comme pour Les sept jours du talion, au spectateur de se faire sa propre idée.
Un film sur la mort qui fait apprécier l'existence. Car, comme le chantait si bien Félix Leclerc, c'est grand la mort, c'est plein de vie dedans...
On aime : le scénario fin et sensible, la relation entre les personnages d'Yves Jacques et de Jacques Godin, la réflexion sur un sujet délicat
On n'aime pas : la finale déconcertante