Le samedi 6 mars 2010
Un prophète: petit caïd deviendra grand
Le Soleil
Jacques Audiard ne tourne pas souvent - seulement cinq films en 16 ans - ce qui rend ses oeuvres d'autant plus précieuses. La dernière en lice, Un prophète, couronnée d'une avalanche de Césars et du Grand Prix du jury à Cannes, s'impose peut-être comme la plus réussie.
Au fil d'un scénario huilé à la perfection, fruit d'un travail d'écriture de deux ans et demi, Audiard raconte une histoire carcérale qui tranche avec celles, souvent convenues, qui parsèment l'histoire du cinéma. La mise en scène habile d'Audiard et un jeu béton d'acteurs font d'Un prophète l'un des meilleurs films français des dernières années.
Cette saga criminelle de deux heures trente aborde le choc des cultures et des générations au sein d'une prison à sécurité maximale. Un nouveau venu, Malik (excellent Tahar Rahim), un délinquant maghrébin analphabète, devient l'homme de confiance du chef d'un gang corse (troublant Niels Arestrup). En échange de quelques services, il lui offrira la protection indispensable pour survivre derrière les barreaux.
Rusé, Malik montera graduellement les échelons, acceptant les sales besognes (comme trancher la gorge à un détenu récalcitrant) et les insultes racistes. Du coup, Malik gagnera le respect de son parrain. Le reste de l'histoire est celle de l'élève qui finit par dépasser le maître, ici en raison du talent de Malik à naviguer entre les différents gangs ethniques de la prison.
Réalisme troublant
La saga criminelle d'Audiard ne dépeint pas seulement avec un réalisme troublant un monde carcéral en pleine mouvance - de longs pans de l'histoire se déroulent aussi à l'extérieur, lors des sorties de Malik -mais se permet des intermèdes oniriques qui ajoutent à la force du propos. En font foi les apparitions récurrentes du fantôme d'une victime de Malik, symbole troublant de ses remords.
Dans le rôle du petit délinquant désireux d'être calife à la place du calife, le jeune Tahar Rahim crève l'écran, relevant avec panache le défi d'affronter un monstre du cinéma comme Niels Arestrup et son personnage habité d'une violence sourde.
Une distribution inspirée pour un film qui l'est tout autant.
Au générique
Cote : ****
Titre : Un prophète
Genre : drame
Réalisateur : Jacques Audiard
Acteurs : Tahar Rahim, Niels Arestrup, Adel Bencherif, Hichem Yacoubi, Reda Kateb, Jean-Philippe Ricci et Gilles Cohen
Classement : 16 ans (violence)
Durée : 2h35
On aime : le scénario huilé à la perfection, le jeu inspiré des acteurs, le réalisme du monde carcéral
On n'aime pas : ?