Le Soleil
L'hiver qui s'achève aura vu le thème de la mort s'imposer au grand écran. Après Oscar et la dame rose et La dernière fugue, au tour de Sophie Deraspe de proposer avec Les signes vitaux sa vision personnelle du dernier droit de la vie. Une oeuvre d'une belle sincérité et d'un fort réalisme poétique.
Tourné en grande partie dans l'hiver de la capitale (les quartiers Saint-Sauveur et Saint-Roch), ce film à petit budget propose l'histoire d'une jeune femme fragile et secrète, Simone (Marie-Hélène Bellavance), qui décide de se consacrer entièrement aux malades en phase terminale, après le décès de sa grand-mère. Du coup, elle mettra en veilleuse ses études universitaires et son petit copain cuisinier (Francis Ducharme), qui éprouvera bien du mal à suivre son amoureuse dans son cheminement spirituel.
C'est avec compréhension et bienveillance que Simone accompagne les malades avant le grand départ. Elle les aide à faire leur toilette quotidienne, joue aux cartes avec eux, mais, surtout, les écoute et leur tient la main le moment venu .Tout cela, dans un don de soi total. Parce qu'il s'agit pour elle de la plus belle façon de s'approcher de l'essentiel et de l'absolu.
Parmi les malades qu'elle visite régulièrement : une dame seule au monde qui réclame qu'on l'aide à partir; une autre (excellente Marie Brassard) qui entretient rancoeur et colère à l'égard de ses proches; une troisième (l'ex-icône de Valérie, Danielle Ouimet) appuyée dans son drame par un mari toujours aussi amoureux et attentionné.
Après l'étonnant «documenteur» casse-tête Rechercher Victor Pellerin, Sophie Deraspe signe un second long-métrage d'une troublante sensibilité. Sa démarche est d'un tel réalisme qu'on en vient à oublier qu'il s'agit d'une fiction. Devant sa caméra, ses personnages condamnés, affaiblis et diminués, n'en demeurent pas moins des êtres d'une grande beauté. La cinéaste ne craint pas de montrer les corps tels qu'ils sont, dans toute leur vulnérabilité, conférant à son film un pouvoir d'évocation d'autant plus fort. Le corps des vivants aussi, comme ces scènes d'après-l'amour entre Simone et son amant.
Au passage, Deraspe fait des choix qui apparaîtront parfois étranges, comme le guitar hero à moustache qui ouvre le film, les intermèdes musicaux déroutants, ou le coup de théâtre final un peu trop appuyé.
N'empêche, le petit monde du cinéma québécois doit maintenant sur cette cinéaste prometteuse qui, sur le fond et la forme, tourne à la façon d'un Bernard Émond, c'est-à-dire dans un souci constant de mettre l'humain à l'avant-plan.
Au générique
Cote : ***
Titre : Les signes vitaux
Genre : drame
Réalisatrice : Sophie Deraspe
Acteurs : Marie-Hélène Bellavance, Danielle Ouimet, Francis Ducharme, Marie Brassard, Danielle Fichaud, Marc Marans et Suzanne St-Michel, Paul de Strooper
Classement : général
Durée : 1h27
On aime : le bel humanisme et la poésie du récit, la mise en scène épurée à la Bernard Émond, la sincérité de la démarche, les personnages plus vrais que nature, la façon subtile d'amener le secret du personnage principal
On n'aime pas : les intermèdes musicaux déroutants, la bande sonore un peu oppressante, la finale choc trop appuyée