La Presse
C’est une histoire classique. Cinq jeunes filles veulent devenir des rockstars. Un producteur «flippé» leur donne leur première chance. Le succès est instantané, surtout au Japon. Mais les drogues et les luttes d’ego s’en mêlent. Et la belle aventure tourne au vinaigre.
Cette histoire, c’est celle du groupe The Runaways (1975-1979), qui vient d’être portée au cinéma par la réalisatrice de clips Floria Sigismonti (Bjork, Marilyn Manson ou des White Stripes).
Une histoire comme les autres et en même temps, pas tout à fait, puisque cette formation d’adolescentes, formé par la guitariste Joan Jett (I Love Rock’n’roll) et le mythique producteur Kim Fowley, fut le premier groupe entièrement féminin de l’histoire du rock.
À l’époque ou la guitare éléctrique était chasse-gardée masculine, les Runaways ont joué un rôle de pionnières. Sans elles, les Bangles, Hole et autres Gogo’s n’auraient peut-être jamais existé.
Sur papier, cela donne un sujet en or. Mais à l’écran, ce n’est qu’à moitié brillant.
En dépit de ses scènes de dope explicites, de sa «trashitude» assumée et même de ses scènes de lesbianisme, The Runaways demeure un biopic à peu près classique, avec une approche linéaire et des personnages relativement unidimensionnels - à l’exception, peut-être, de la chanteuse Cherie Currie, autour de qui s’articule le film.
Normal: si cette dernière a connu une carrière beaucoup moins fertile que Joan Jett et Lita Ford (l’autre guitariste du groupe) ce sont ses mémoires qui ont servi de base au scénario de Floria Sigismonti.
Mais bon. Malgré les bémols, on y croit. Pour le réalisme du traitement d’abord. Pour la reconstitution fidèle et pas trop cliché du Los Angeles des années 70 ensuite. Et pour le jeu convaincant des jeunes comédiennes, notamment Kristen Stewart (Joan Jett) et Dakota Fanning (Cherrie Currie) qui portent le film à bout de bras et évitent avec brio le piège de la caricature. C’est moins le cas de Michael Shannon, qui incarne l’excentrique Kim Fowley. Mais peut-on le blâmer? Fowley était en soi une caricature…
On ose à peine imaginer quelle relecture aurait fait Quentin Tarantino d’un tel matériau. Mais le long métrage de Floria Sigismonti a au moins la qualité d’être aussi honnête et carré qu’une toune des Runaways.
Parlez-en à Kristen Stewart (Twilight) et Dakota Fanning (I am Sam, Dr Seuss, War of the Worlds) qui cassent ici – et pour de bon - leur image d’adolescentes fréquentables, à grands coups de lignes de coke et de frenchs controversés.
Pari audacieux mais ô combien rock’n’roll.