Le Soleil
Empêtré dans les problèmes judiciaires que l'on connaît, Roman Polanski n'a pas perdu la main pour autant. À son premier thriller en 20 ans, L'écrivain fantôme (v.f. de The Ghost Writer), le controversé réalisateur démontre une virtuosité de tous les instants. Du cinéma solide, intelligent, redoutablement efficace.
Adapté du roman éponyme de Robert Harris, ce polar de grande classe gravite autour d'une machination dans laquelle sera plongé un rédacteur «nègre» (Ewan McGregor), chargé de terminer la rédaction des mémoires d'un ancien premier ministre anglais, Adam Lang (Pierce Brosnan), exilé dans une île américaine après son implication douteuse dans la torture de prisonniers en Irak, en collaboration avec Washington.
Le séjour dans ce coin isolé, au large de Cape Cod, ne sera pas de tout repos pour l'écrivain. La garde rapprochée du politicien le surveille de près, trop de monde voulant mettre la main sur la précieuse autobiographie, rédigée dans un style capable de guérir n'importe quel insomniaque...
Parmi les personnages intrigants, la femme du politicien (excellente Olivia Williams), qui s'ennuie à mourir auprès de ce mari indifférent, qui la trompe avec sa collaboratrice (Kim Cattral, de Sex and the City). «C'est comme être mariée à Napoléon, à Sainte-Hélène...», dit-elle à son nouveau confident, lors d'une marche sur la plage, son passe-temps préféré.
Il y a aussi des éléments troublants dans l'air. Comme le prédécesseur de l'écrivain, retrouvé noyé dans des circonstances mystérieuses, après avoir emprunté le traversier menant à l'île.
De fil en aiguille, à la faveur d'une enquête clandestine, le personnage de McGregor découvrira des informations compromettantes qui mettront sa vie en danger. Comme dans le film de Hitchcock, il deviendra l'homme qui en sait trop...
Ce Polanski s'avère un excellent cru, au point de constituer notre premier gros coup de coeur de l'année. Le réalisateur oscarisé du Pianiste signe une réalisation d'une brillante efficacité (récompensé d'un prix à la dernière Berlinale), baignant dans un mystère permanent, dans la plus pure tradition des suspenses hitchcockiens, notes de musiques inquiétantes en prime.
On ne saurait trop insister sur la valeur de ce film auquel Polanski a mis la dernière main pendant son séjour en prison. En cela, quelques scènes font écho à ses propres déboires, comme le sort de l'écrivain, assigné à résidence... Malgré le sujet, le cynisme et quelques pointes d'humour ne sont jamais très loin dans les dialogues.
Les habitués de la politique britannique verront aussi dans le personnage d'Adam Lang une allusion plus qu'évidente à l'ancien premier ministre Tony Blair, soupçonné d'avoir manipulé des informations afin de vendre à l'opinion publique l'invasion irakienne, en 2003.
Avec ce coup de maître, et malgré ses gestes d'antan dont il devra répondre un jour, Polanski démontre que le cinéma ne peut se passer de son talent.
Au générique
Cote : **** 1/2
Titre : L'écrivain fantôme (The Ghost Writer)
Genre : thriller
Réalisateur : Roman Polanski
Acteurs : Ewan McGregor, Pierce Brosnan, Olivia Williams, Kim Cattrall, Tom Wilkinson et Timothy Hutton
Classement : général
Durée : 2h08
On aime : le scénario habile et intelligent, la mise en scène raffinée, la belle performance d'acteurs, la tension du récit, la finale d'anthologie
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