Le samedi 20 mars 2010
La zone verte: Jason Bourne en Irak
Le Soleil
Tout le monde en convient maintenant, même l'ex-chef d'état-major Colin Powell : l'invasion américaine de l'Irak en 2003 a été déclenchée sous de faux prétextes. Jamais Saddam Hussein n'a eu en sa possession des armes de destruction massive.
Dans La zone verte (v.f. de Green Zone), le cinéaste britannique Paul Greengrass revisite, façon Jason Bourne, cet épisode peu glorieux de l'administration de George W. Bush. En collaboration avec le scénariste de renom Brian Helgeland (Mystic River), le réalisateur de The Bourne Supremacy et de The Bourne Ultimatum a basé son travail sur le livre de Rajiv Chandrasekaran, ancien chef de bureau du Washington Post à Bagdad.
C'est d'ailleurs l'alter ego de Bourne, Matt Damon, qui endosse le treillis militaire du personnage principal de cette production soignée, à haut indice d'adrénaline. À la tête d'un escadron chargé de trouver des armes de destruction massive en sol irakien, Roy Miller se rebellera contre ses supérieurs, irrité de voir la vie de ses hommes mise en péril pour des missions qui font chou blanc chaque fois, en raison de faux renseignements refilés par une source supposément béton.
Appuyé par un membre de la CIA aussi déterminé que lui à faire la lumière sur ces ratés (Brendan Gleeson), Miller devra manoeuvrer serré dans le bourbier irakien afin de retrouver un général en fuite (Yigal Naor), témoin essentiel permettant de passer à la moulinette les fausses représentations ayant servi à l'invasion du pays.
Tout à la fois film d'action, drame de guerre et réquisitoire politique, La zone verte (du nom du quartier général américain installé dans les anciens palais de Saddam Hussein, à Bagdad) s'inscrit en droite ligne dans le style de Greengrass. Le montage hyper nerveux et la réalisation fébrile insufflent au film une tension permanente, rehaussée par un scénario efficace qui laisse place à peu de temps morts, surtout en seconde partie, alors que le héros est engagé dans une course contre la montre à la 24 heures chrono pour ramener son témoin en vie.
Sur le fond, Greengrass ne met pas de gants blancs pour dénoncer le plan de match américain en Irak, écorchant au passage les médias (Amy Ryan, en reporter du Wall Street Journal), qui sont tombés dans le panneau de la propagande yankee. La conscience morale du peuple irakien (trop souvent oublié) passe par le personnage d'un jeune traducteur (Khalid Abdalla).
«Le peuple irakien peut-il décider ce qui se passe ici?» lance-t-il à Miller, avant la scène finale, vue à vol d'oiseau, d'un convoi militaire passant à proximité d'une installation pétrolière. CQFD.
Au générique
Cote : ****
Titre : La zone verte (Green Zone)
Genre : drame de guerre
Réalisateur : Paul Greengrass
Acteurs : Matt Damon, Greg Kinnear, Brendan Gleeson, Yigal Naor, Amy Ryan et Khalid Abdalla
Classement : 13 ans (violence)
Durée : 1h55
On aime : le scénario bien huilé, la performance de Matt Damon, la fébrilité de la réalisation, voir mises au jour les exactions américaines en Irak, la symbolique de la dernière image
On n'aime pas : le montage parfois un peu trop nerveux