Le jeudi 25 mars 2010
Chloe: Liaison fatale
La Presse
Pour la première fois de sa carrière, Atom Egoyan porte à l’écran un scénario qu’il ne signe pas lui-même.
À la lumière de ce que le réalisateur d’Exotica a montré au fil des ans, cette relecture du film français Nathalie (Anne Fontaine) s’annonçait prometteuse. L’histoire d’une femme d’âge mûr embauchant une prostituée afin de tout savoir du comportement sexuel de son mari, qu’elle soupçonne d’infidélité, s’inscrivait d’emblée dans les thèmes que privilégie l’enfant chéri du cinéma canadien. À l’actif du film, une facture visuelle superbe (la ville de Toronto est magnifiquement filmée); une charge érotique indéniable; et de remarquables acteurs qui, sous la direction d’Egoyan, affichent une grande vulnérabilité émotionnelle.
Julianne Moore (l’épouse), Liam Neeson (le mari) et Amanda Seyfried (la prostituée) modulent leurs partitions avec grâce. Or, ce qui commence comme une fine étude psychologique se transforme en cours de route en thriller bon marché. Passe encore que la dynamique liant les personnages ait été changée (Chloe n’est pas une copie conforme de Nathalie), mais, de la part d’Egoyan, on se serait quand même attendu à plus de subtilité. La nature de cette «liaison fatale» semble être plaquée dans le récit uniquement pour ses effets, avec, à la clé, des fantasmes sexuels relevant du cliché. Vivement qu’Egoyan retrouve sa plume. Et son inspiration.