Le Soleil
Dans un futur qu'on espère lointain, les malades devront leur survie à des organes artificiels loués à prix d'or à des compagnies qui n'entendent pas à rire lorsqu'il s'agit de reprendre leur dû. À défaut de paiement, un mercenaire est envoyé chez vous pour arracher à froid votre coeur, votre foie, votre vésicule biliaire, alouette!
Dans le drame de science-fiction Repreneurs (v.f. de Repo Men), le réalisateur Miguel Sapochnik fait sienne cette insolite anticipation du monde médical de demain, à travers le récit alambiqué d'un homme, Remy (Jude Law), un «repreneur» professionnel chargé de cette sinistre besogne.
Si le personnage est cool lorsqu'il s'agit de rentrer le scalpel dans les chairs, à preuve la musique branchée qui joue alors dans son baladeur, il en sera autrement lorsqu'il deviendra lui-même propriétaire d'un nouveau coeur, après une opération de routine ayant mal tourné pour une raison nébuleuse.
Du coup, celui dont le boulot consistait à prélever le coeur des autres deviendra celui que son collègue et meilleur ami (Forest Whitaker) devra retrouver pour lui enlever le sien, ordre du grand patron de la firme Union (Liev Schreiber), un homme qui ne gagnera jamais de prix pour sa compassion.
Mâtinée d'une légère ambiance à la Blade Runner (interminables averses en moins), cette production souffre d'une kyrielle de problèmes, à commencer par un scénario confus où les personnages, bien peu intéressants, cherchent péniblement leur route et s'obstinent à ne pas s'arrêter pour la demander.
L'incontournable histoire d'amour, en l'occurrence celle entre Jude Law et la très quelconque Alice Braga, ne tient pas la route un seul instant, tout comme la chasse à l'homme qui finit par être d'un ennui mortel, malgré un effort remarqué de son auteur pour sortir des sentiers battus, particulièrement grâce à un humour décalé.
Repreneurs joue à fond la carte du sensationnalisme avec son indélicate propension à se vautrer dans les scènes sanguinolentes de découpage de chair et de violence gratuite. La séquence où le petit couple s'ouvre mutuellement les entrailles pour se remettre les morceaux en place, dans un décor blanc immaculé, est un grand moment de ridicule. Fais-moi mal, Johnny, Johnny, Johnny...
Sapochnik fait aussi un Tarantino de lui-même lors d'une bagarre stylisée à coups de couteau, où s'accumulent les giclées d'hémoglobine filmées au ralenti, clin d'oeil évident au cinéma asiatique. Pour ceux qui aiment le genre.