La Presse
Dans une colonie perdue, aux abords du Sahara où une guerre vient de prendre fin, le médecin Maxime Vincent revient du front, brisé par huit ans de service.
Malgré un scénario flottant, La cité se distingue de façon particulière.
Kim Nguyen a déjà posé les balises d'un univers singulier avec ses deux précédents films, Le marais et Truffe. Avec La cité, il confirme à quel point son univers allégorique est riche. Pour ce troisième long métrage, Nguyen a imaginé une fable dont l'intrigue est campée en Afrique du Nord au beau milieu du désert, à une époque où sévissaient des guerres de colonisations.
C'est dire que l'auteur cinéaste a fait le pari de réaliser un film «apatride», d'où toute trace de québécitude est pratiquement effacée. On suit ainsi, au 19e siècle, les errances d'un médecin revenu de tout après huit ans de service au front, en attente d'un bateau qui le ramènera chez lui. En attendant, il doit investir une ville où une population entière est ostracisée par rapport à une autre, accusée de tous les maux et condamnée à vivre dans un ghetto. Sa vie bascule dans l'horreur au moment où il entre en contact avec des «pestiférés».
La métaphore est un peu appuyée et le symbolisme un peu lourd. Mais Nguyen évoque à travers cette fable toutes les intolérances, les radicalismes, les horreurs qui marqueront le(s) siècle(s) suivant(s). L'humanité n'en a pas encore vu la fin, hélas.
La cité mise d'abord et avant tout sur un climat, des atmosphères. C'est sur ce plan que ce film gagne de bons points. Le long métrage est visuellement splendide (images de Nicolas Bolduc), et la trame musicale, signée Philippe Héritier, se révèle très évocatrice.
Dans le rôle du médecin, Jean-Marc Barr est excellent. Ce dernier est entouré de très bons acteurs, notamment Pierre Lebeau dans le rôle d'un collègue. Nguyen ayant résolument pris le pari d'utiliser une langue très classique, des inégalités surgissent parfois sur le plan de l'interprétation. Claude Legault possède toujours une aussi forte présence à l'écran, d'autant qu'il incarne ici un soldat sans états d'âme, mais on ne le sent pas toujours à l'aise dans ce parti-pris.
Cela dit, le pari était audacieux. Malgré un scénario parfois flottant, La cité est véritablement un film unique en son genre. Et s'inscrit de façon particulière dans la cinématographie québécoise.