La Presse
Dans le premier tome du Journal d’Aurélie Laflamme, India Desjardins réussit avec brio à cerner cette période très particulière de la vie où l’enfance se prolonge encore un peu dans l’adolescence qui commence, ce qui donne à son héroïne un caractère double - Aurélie peut bien se sentir comme une extraterrestre, entre fille et fillette. Pas vraiment obsédée par son look et les garçons, ne maîtrisant pas toujours ses pensées et ses paroles, encore moins son imagination, elle fait maladroitement son chemin en s’imaginant être la seule au monde dans son cas. Et c’est un peu vrai, quand on se rappelle qu’à cet âge, tout ce qu’on fait, on le fait pour la première fois.
Ce qui pourrait sembler banal pour les adultes, et même les adolescentes un peu plus âgées. Les garçons, c’est sûr, vont s’ennuyer ferme. Aurélie (Marianne Verville) ne vit pas mille aventures, n’a aucun pouvoir magique, et s’avère rebelle par accident. L’histoire d’Aurélie débute par une chicane rapidement réglée avec Kat (Geneviève Chartrand), sa best, pour se poursuivre dans les tracas scolaires, sa relation avec sa mère (Édith Cochrane) plus difficile depuis la mort de son père, avant de prendre un chemin imprévu par la rencontre de Nicholas (Aliocha Schneider), le premier garçon à faire battre son coeur. C’est tout, mais c’est beaucoup à 14 ans.
Le caractère un brin naïf et enfantin d’Aurélie ne pourra pas plaire aux ados friands de comédies grivoises et cyniques, rendus un peu plus loin dans leurs hormones et leurs expériences. Il n’y a pas de drogue, pas de sexe, pas de grossesse précoce dans ce film. Aurélie Laflamme est une héroïne pour les preteen et les très jeunes adolescentes «normales».
On a trouvé en Marianne Verville une touchante incarnation, extrêmement juste, bien que plusieurs fans d’Aurélie pouvaient l’imaginer autrement, parce qu’elle n’est pas parfaite physiquement. C’est entre autre parce qu’on a choisi une comédienne qui a l’âge de l’emploi, pour une fois, habitués que nous sommes à voir des ados joués par des comédiennes dans la vingtaine. Marianne Verville est surtout parfaite dans le ton et s’approprie sans problème le personnage.
Christian Laurence, dont c’est la première réalisation, a su respecter l’univers très ludique et comique d’Aurélie, une grande lunatique si vous avez lu le livre. Ayant fait ses classes à VrakTV, le réalisateur ajoute quelques trouvailles visuelles qui font du film autre chose qu’une plate adaptation mot à mot du roman.
À vos marques... Party! tentait d’adapter à la sauce québécoise la formule américaine du film pour ado; Le Journal d’Aurélie Laflamme fait mieux en créant ses propres codes, ce qui lui donne une dimension beaucoup plus originale.
On serait très étonné que les fans d’Aurélie soient déçues. De notre côté, ça nous a donné envie de relire le journal intime de nos 14 ans, qui, avec ses pages sur les hamsters et les gars, ressemble à s’y méprendre à celui d’Aurélie...
--------------------------------------------------------------------
***1/2
LE JOURNAL D’AURÉLIE LAFLAMME
Comédie dramatique de Christian Laurence, d’après le roman d’India Desjardins. Avec Marianne Verville, Geneviève Chartrand, Aliocha Schneider et Édith Cochrane.
Aurélie Laflamme, 14 ans, a l’impression de venir d’une autre planète. Elle ne voit pas d’autre explication à la disparition de son père, à ses bourdes à l’école et à ses gaffes devant les garçons.
Une adaptation qui respecte parfaitement bien le roman.