Le Soleil
La Belgique est peut-être un pays sur le bord de l'éclatement politique, elle n'en demeure pas moins une pépinière de cinéastes prometteurs. Le dernier en lice, le Flamand Felix van Groeningen, signe avec La merditude des choses un ovni dont l'étrange vulgarité n'a d'égale que sa poésie.
Plus grand succès du box-office belge l'an dernier et porte-étendard du plat pays dans la course à l'Oscar du meilleur film étranger, ce troisième long-métrage de Van Groeningen se distingue par sa façon originale de décontenancer le spectateur, coincé entre l'humour, le cynisme et les anecdotes grivoises qui émaillent la vie d'une famille dysfonctionnelle, les Strobbe.
Élevé par un père et trois oncles alcooliques, dans la demeure de sa grand-mère, le jeune Gunther (Kenneth Vanbaeden),
13 ans, grandit dans une ambiance où tout est prétexte à des beuveries. Les hommes de la maison, ivres du matin au soir, raffolent se déguiser en femmes pour aller s'éclater en ville, se prendre pour leur idole Roy Orbison, ou faire des courses de vélo, nus comme des vers... Chez les Strobbe, on l'aura compris, les loisirs ne volent pas haut.
Échappatoire à sa vie
Le jeune Gunther trouvera une échappatoire à cette vie de misère dans l'écriture, un talent qu'il préfère pratiquer à l'écart de sa famille, par crainte des moqueries. Des années plus tard, on le retrouve, jeune adulte épouvantablement cynique (Valentijn Dhaenens), alors qu'il s'apprête à devenir père, sans vouloir de l'enfant. Son adolescence difficile sert alors de terreau fertile à son premier livre.
Inspiré du roman autobiographique de Dimitri Verhulst, La merditude des choses s'avère une agréable surprise dans notre monde où l'on n'aime pas toujours montrer les choses qui merdent. Van Groeningen, un autre jeune cinéaste qui, comme Xavier Dolan, n'attend pas les deniers publics pour tourner, livre une comédie qui risque de choquer les bonnes moeurs, sans pour autant que l'exercice demeure vain.
Car derrière le portrait de ces mâles mal embouchés, mais au coeur à la bonne place, qui enfilent des litres de bière entre deux chansons grivoises, se cachent une sensibilité et une tendresse insoupçonnées. La réalisation, la photographie et le montage confèrent au récit une aura de nostalgie à ce petit film sorti de nulle part, étonnant de tendresse qui raconte une belle histoire de résilience et de triomphe sur l'adversité.