La Presse
Quiconque a vu le documentaire Ennemis intimes de Werner Herzog en 1999 ne s'étonnera pas du caractère épouvantable de Klaus Kinski, acteur charismatique qui a prêté son talent aux pires navets comme aux plus grands films.
Dans ce film fascinant, Herzog, qui était son ami et pour qui Kinski était un acteur fétiche, nous fait découvrir le vrai visage de ce personnage fabuleusement égocentrique, toujours aux portes de la folie, pendant le tournage d'Aguirre, la colère de dieu, en 1972. Les autochtones qui participaient au film ont même proposé au réalisateur leurs services pour éliminer l'acteur, ce qui vous donne une petite idée de son comportement insupportable.
Sachant cela, on entre avec encore plus de curiosité dans Kinski Jesus Christus Erloser de Peter Geyer, responsable des droits de Klaus Kinski, et son biographe. Il s'agit de la captation d'une performance de Kinski le 20 novembre 1971 à Berlin, à la même époque du délire Jésus d'une jeunesse hippie qui a voulu en faire une superstar. Or, Kinski veut livrer SA vision de Jésus, et il n'hésitera pas à hurler à son public: «Je ne suis pas votre superstar!» Pour lui, Jésus est un révolutionnaire entouré des rejetés de la société, c'est un homme qui, essentiellement, n'appartient pas à la société.
Sur scène, Kinski met, comme d'habitude, le paquet, mais la salle lui est particulièrement hostile. On lui reproche d'être riche, on lui reproche, surtout, de ne pas appliquer les enseignements pacifiques du Christ, puisque l'acteur pique de saintes colères tout au long de sa performance interrompue par les insultes du public. Pas mal plus punk que peace, il jette son micro, invective les spectateurs, sort de ses gonds, verse quelques larmes lorsqu'il retrouve sa concentration, jette des regards meurtriers aux agitateurs, bref, le spectacle n'est pas seulement sa lecture, mais sa personnalité imprévisible.
C'est que Klaus Kinski n'est pas sur scène pour l'amour: il est là pour l'art. Il exige le respect. Cette pièce sera finalement un bide, il ne la terminera pas, mais une fois les indésirables partis, il la reprendra pour les spectateurs qui sont restés, se glissant parmi eux, mais irrité cette fois par les bruits, les réactions. Découragé, il soupire: «C'est donc impossible à 100 personnes d'être silencieuses?»
Kinski Jesus Christus Erloser est à la fois un regard intéressant sur le métier d'acteur - qui risque lui aussi de se faire crucifier - et un élément à ajouter à l'étrange filmographie de cet homme singulier qu'était Klaus Kinski.
Le film est présenté aujourd'hui et demain en version originale avec sous-titres anglais au Goethe-Institut.
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KINSKI JESUS CHRISTUS ERLOSER. Documentaire de Peter Geyer. 84 minutes.
Captation de la performance de Klaus Kinski, le 20 novembre 1971 à Berlin, qui livre sur scène sa vision de Jésus devant un public hostile.
Fascinant document d'archives.