La Presse
L’enfant prodige, l’incroyable destinée d’André Mathieu, est une biographie filmée tout ce qu’il y a de plus classique. L’histoire peu banale du «Mozart canadien» y est racontée de manière chronologique: de ses premières compositions à 4 ans, en passant par ses premiers concerts à 6 ans, ses triomphes parisien et new-yorkais, jusqu’à sa déchéance «dans l’enfer de l’alcool» à partir de 15 ans.
Classique «musicographie» d’un génie au destin tragique, que Rachmaninov avait désigné comme son successeur. André Mathieu est mort subitement à 39 ans, dans l’oubli.
Le scénario, fluide et cohérent de Luc Dionne (Omerta, Bunker, le cirque), met habilement en exergue la dépendance affective mutuelle d’André Mathieu et de ses parents musiciens, ainsi que la cruelle déception du virtuose de ne pas avoir été reconnu comme compositeur à la hauteur de son talent.
De facture télévisuelle, avec abus de fondus enchaînés et de titres de journaux superposés, la deuxième réalisation de Luc Dionne après Aurore multiplie cependant les effets défraîchis et maladroits. Un voile sépia marque les images d’archives, campant les époques de manière trop appuyée, en brisant constamment le rythme du récit. À trop vouloir expliciter, on sacrifie au charme et, surtout, à l’émotion brute.
La reconstitution d’époque est pourtant crédible, comme du reste le jeu de la plupart des acteurs. Le regard fuyant de Patrick Drolet traduit à lui seul le mal-être d’André Mathieu, enfant prodige n’ayant pas su, comme tant d’autres, négocier le virage de la vie adulte. On regrettera de ne pas constater davantage de différence entre son personnage à 15 ans et à 39 ans.
La mère envahissante et le père protecteur sont interprétés avec force subtilité par Macha Grenon et Marc Labrèche, même si la partition écrite pour la mère de Mathieu finit par tourner à la caricature.
Autre bémol: de nombreux acteurs québécois ont été sollicités pour interpréter des Européens (Patrice Coquereau, Albert Millaire, Marc Béland, Lothaire Bluteau, etc). L’illusion d’authenticité est plus complète au cinéma quand à Paris, on a l’impression de retrouver des Parisiens. D’autant plus que le personnage de Lothaire Bluteau, un ancien pianiste virtuose tombé dans l’oubli, semble tiré tout droit d’un conte de Disney.
Il reste qu’au-delà des considérations formelles - les intrigues sentimentales s’intègrent difficilement au récit -, L’enfant prodige atteint son principal objectif: celui de faire connaître l’oeuvre d’André Mathieu. La bande originale du film, interprétée par Alain Lefèvre, est un condensé de fulgurance et de virtuosité, qui donne certainement envie de découvrir la musique de Mathieu. C’est dans cette musique, émouvante, que le film de Luc Dionne trouve sa grâce et son salut.
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L’ENFANT PRODIGE
Drame de Luc Dionne. Avec Patrick Drolet, Guillaume LeBon, Marc Labrèche, Macha Grenon. 1h40
L’histoire peu banale (et tragique) d’André Mathieu, jeune virtuose surnommé le «Mozart canadien», que Rachmaninov avait désigné comme son successeur.
Un scénario fluide et cohérent, mais une mise en scène qui multiplie les effets bancals. Heureusement qu’il y a la musique…