Le jeudi 3 juin 2010
Complices: polar ambigu
La Presse
Vincent et Rebecca ont à peine 18 ans. Ils s’aiment et regardent la vie avec insouciance. Mais quelques mois après leur rencontre, la bluette tourne au noir: le corps de Vincent est retrouvé dans le Rhône et Rebecca a disparu.
Chargés de l’affaire, l’inspecteur Hervé Cagan (Gilbert Melki) et sa co-équipière Karine (Emmanuelle Devos) remontent le fil de cette histoire d’amour, qui s’avèrera plus glauque que prévu. Mais cette enquête les obligera à affronter les failles et les échecs de leurs propres vies.
Quelle étiquette donner à Complices, premier long métrage de Frédéric Mermoud? C’est bien là la question. Car si le film s’affiche d’abord comme un thriller, il se mue progressivement en un drame psychologique, où les questions existentielles prennent quasiment le pas sur l’enquête.
Véritable vedette de ce polar qui n’en est pas un, Gilbert Melki joue brillamment à la frontières des deux genres, s’avérant aussi convaincant dans l’un que dans l’autre. C’est moins le cas d’Emmanuelle Devos, réduite ici à un rôle périphérique. Ou de Cyril Descours (Vincent) et Nina Meurisse (Rebecca), qui forment un couple assez peu crédible, malgré leur évidente bonne volonté.
Du coup, le suspense en prend un peu pour son grade. Ce qui n’exclut pas quelques aspects plus sordides, comme cette plongée insistante dans le monde de la prostitution masculine, un univers plus rarement exploité au cinéma. Honnête malgré tout, Complices n’est pas un film sans mérite. Mais pour le meilleur et le moins bon, il est à l’image du personnage de Vincent: ambigu.