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Aleksi K. Lepage |
La Presse
Son maniérisme, ses tics et ses lubies peuvent parfois agacer, mais on est bien forcé d’admettre que Jean-Pierre Jeunet est un authentique auteur, au sens chic. Chacun de ses films porte sa griffe, même les ratages (Alien: Resurrection) .
Avec Micmacs à tire-larigot, fort joli titre, on ne s’y trompe pas, c’est du Jeunet. Tellement qu’on croirait presque à un pastiche respectueux. Croisement hybride de Delicatessen et d’Amélie Poulain. Ce long métrage reprend le Paris délabré du premier et la galerie de personnages lunatiques et colorés du second. Jeunet signe donc une autre fable fantaisiste et mélancolique, très «le cirque est en ville, mais le clown est triste», soyez-en avisés si le genre vous tombe sur les nerfs.
Bazil (comique et attachant Dany Boon) est un paumé qui n’a pas eu de chance dans la vie: son papa est mort à la guerre par l’explosion d’une mine, et lui-même a reçu une balle perdue en pleine tête suite à un règlement de comptes auquel il n’avait rien à voir. Bazil n’en est pas mort, mais la balle s’est logée entre ses deux oreilles, et une opération chirurgicale serait impossible. Le pauvre innocent risque de crever à tout moment.
Devenu vagabond, Bazil trouvera réconfort et chaleur au sein d’une clique bizarre formée de marginaux en tous genres: un vieil artiste qui fabrique des pantins à partir de déchets, un écrivain noir qui ne parle qu’avec des formules, une contorsionniste, une autiste obsédée par les chiffres et autres phénomènes de foire. Au contact de ces énergumènes, Bazil entreprendra une vendetta contre les vilains marchands d’armes (suave Nicolas Marie, impeccable André Dussollier) qui, par détour, auront ruiné sa vie.
Fable fantaisiste, disions-nous, et politiquement engagée, au message simpliste, surligné, voire caricatural: la guerre est une chose épouvantable et les vendeurs d’armes sont méchants. On est bien d’accord. Mais Micmacs, fabriqué par un vrai génie de l’image, donne l’impression d’un magnifique cahier à colorier thématique visant à sensibiliser les simples d’esprit à l’horreur des conflits guerriers. Beau film, spectacle élégant et parfois épatant, aux dialogues bien trimés et à la musique vieillotte (tirée en partie des archives du compositeur Max Steiner), sous ses allures de petit conte pittoresque sur vague fond de pamphlet poétique qui demeure puéril, malgré ses indéniables et extraordinaires qualités visuelles.