Le vendredi 18 juin 2010
Le baiser du barbu : finement taillée
La Presse
Sans insister, Yves Pelletier propose dans son nouveau film une réflexion sur l'être et le paraître au sein d'un couple. Le grand efflanqué de l'immortel groupe RBO s'immisce au coeur d'une problématique délicate, qui se juxtapose ici à celle, encore plus insidieuse, de la notoriété et du rapport au succès.
Le baiser du barbu emprunte pourtant toutes les apparences d'une comédie sentimentale légère bourrée de charme, un peu à la manière des Aimants, son premier long métrage, vieux de six ans déjà.
Au coeur du récit, l'amour et ses petits travers. Et ce moment où, sans crier gare, un petit détail a priori anodin fait tout déraper, prenant peu à peu de l'importance au point d'occuper bientôt tout l'espace. Voilà ce qui survient le jour où Benoît (David Savard, excellent), un acteur qui peine à vivre de son métier, décide de se faire pousser une vraie barbe en vue d'un rôle plutôt que de porter un postiche ridicule. On peut le comprendre. Dans le cadre des modestes soupers-spectacles où il exerce son art, les «accessoires» sont visibles d'assez près...
Étrangement, la carrière du comédien semble décoller enfin lorsqu'il se met à arborer cette nouvelle barbe. Mais cette pilosité faciale n'a pas que des avantages. Son amoureuse Vicky (Isabelle Blais, toujours magnifique) développe en effet une violente allergie, tout en affichant une véritable aversion - un dégoût même - pour le nouveau look de Benoît.
Se pose alors pour l'acteur un dilemme: poursuivre sur la voie du succès, quitte à mettre sa relation de couple en péril, ou sacrifier sa carrière au profit de sa vie personnelle. Pelletier arpentant les arcanes de la comédie sentimentale, la réflexion se fera ici sans trop de douleur. Et trouvera même une résolution souriante. Même s'il module ses notes sur un registre plus léger, l'auteur cinéaste pose néanmoins un regard très juste sur les relations intimes.
Autour des deux protagonistes gravitent aussi des personnages périphériques intéressants. Le réalisateur Ricardo Trogi (1981) tire très bien son épingle du jeu dans le rôle du «frère ancien joueur de hockey devenu agent d'artistes bourru au grand coeur», et Louis-José Houde propose une caricature délirante. Mèche rebelle savamment placée sur le côté, il incarne un réalisateur de télésérie aux idées foisonnantes. Et très changeantes. Houde campe d'ailleurs le seul personnage destiné à faire rire franchement. Et même si la personnalité d'humoriste prend largement le pas sur le rôle, l'effet souhaité est réussi.
Pour le reste, Yves Pelletier affiche plus de finesse dans son approche. Et affirme du coup sa personnalité de cinéaste. Souhaitons ne pas devoir attendre six ans avant son prochain film.
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LE BAISER DU BARBU. Comédie sentimentale réalisée par Yves Pelletier. Avec David Savard,
Isabelle Blais et Ricardo Trogi. 1 h 41.
Un comédien obtient enfin le succès après s'être fait pousser la barbe pour un rôle, mais cette nouvelle pilosité provoque une crise majeure dans son couple.
Léger et bourré de charme. Et moins innocent qu'il n'y paraît...