La Presse
À l’occasion de la présentation de son nouveau film en compétition officielle l’an dernier, le jury du Festival de Cannes a attribué à Alain Resnais un «prix exceptionnel pour l’ensemble de sa carrière et sa contribution à l’histoire du cinéma». De cette formulation un peu creuse, indiquant que le jury n’a pas su trop quoi faire de ce film inclassable qu’est Les herbes folles, il faut retenir un mot : exceptionnel. Car ce film l’est, assurément. Tout autant que son créateur. Du haut de ses 87 ans bien inscrits au compteur, le maître Resnais nous arrive avec l’un de ses films les plus audacieux, lequel distille à la fois une suprême élégance tout autant qu’une subversion joyeuse.
Adaptant cette fois un roman de Christian Gailly, intitulé L’incident (paru dans les années 90), le vétéran cinéaste propose l’un de ses films les plus fantaisistes, comme une espèce de numéro de haute voltige exécuté sans filet. Le récit s’attarde à décrire une histoire d’amour insolite – mais est-ce bien de cela qu’il s’agit – entre deux êtres que le destin réunit tout à fait par hasard.
Elle, c’est Marguerite Muir (Sabine Azéma, qui d’autre?). Dentiste de profession, cette femme aux mèches rousses anarchiques roule dans une décapotable jaune de collection, achète des chaussures de façon compulsive, et pilote dans ses temps libres un avion Spitfire. Lui, c’est Georges Palet (André Dussollier, qui d’autre?). Jeune retraité, il mène une vie simple et tranquille auprès de sa femme (Anne Consigny) et meuble ses heures en bricolant toutes sortes de choses. Sa vie bascule pourtant le jour où il trouve le portefeuille qu’a perdu la flamboyante Marguerite. À partir d’une simple photo, et d’un indice révélant la passion de la dame pour l’aviation, Georges développe une véritable obsession, cherchant à inclure cette femme dans sa vie par tous les moyens.
Narrée magnifiquement par Edouard Baer, cette histoire flirtera parfois avec le surréalisme, sans toutefois jamais perdre le fil de son récit. La mise en scène – précise, inventive et remarquable – met en relief une écriture très fine. Tous les choix artistiques du cinéaste (notamment sur le plan musical) révèlent une incroyable vivacité.
Le duo fétiche Azéma-Dussollier module encore une fois à la perfection cette partition pour virtuoses, appuyé par une distribution de toute première classe dans laquelle se distinguent notamment Mathieu Amalric et Michel Vuillermoz.
Évidemment, la toute dernière scène du film en laissera plus d’un perplexe. Et soulèvera probablement l’ire de ceux qui préfèrent aux différentes possibilités d’interprétation des conclusions plus affirmées. N’empêche que les admirateurs du vénéré cinéaste ne devraient pas rater ce délicieux rendez-vous, le plus beau qu’il nous ait offert depuis la grande époque de Smoking / No Smoking.
LES HERBES FOLLES
Comédie fantaisiste réalisée par Alain Resnais. Avec Sabine Azéma, André Dussollier, Anne Consigny, Mathieu Amalric. 1h44.
À la suite d’un vol, une étrange liaison se noue entre un homme marié et oisif, passionné d’aviation, et une dentiste qui cultive des ambitions d’aviatrice à ses heures.
Un film audacieux, à la fois élégant et subversif.
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