Le mercredi 7 juillet 2010
Piché - entre ciel et terre: sauvetage in extremis
Piché - Entre ciel et terre
La Presse
Ce film est un peu à l'image du fameux vol Air Transat 236 que pilotait le désormais célèbre commandant Robert Piché le 24 août 2001. Au moment où l'on semble se diriger tout droit vers un dénouement que personne ne souhaite, un miracle se produit. Et laisse le spectateur dans un état de douce euphorie, avec l'envie de célébrer une victoire sur la fatalité.
Mais que d'efforts il aura fallu pour en arriver là. Reprenant le flambeau après le désistement d'Érik Canuel (à la suite de coupes budgétaires très importantes), Sylvain Archambault (Les Lavigueur, Pour toujours les Canadiens) a porté à l'écran un scénario qu'Ian Lauzon (De père en flic, Cabotins) a pratiquement dû réécrire de A à Z afin de respecter le caractère plus modeste de la production.
Pour les trois premiers quarts de ce drame biographique, les artisans empruntent une approche qui, parfois, s'apparente à celle d'un téléfilm. Un épisode plus sombre ayant été révélé par les médias au lendemain de l'exploit, le récit évoque aussi, à la faveur d'une thérapie à laquelle s'est soumise le commandant héroïque, les années de jeunesse en multipliant les allers-retours dans la vie de ce dernier. Maxime LeFlaguais incarne, jeune, le personnage auquel son père, Michel Côté (toujours excellent), prête ses traits. Présence solide du jeune acteur dans un tout premier rôle à l'écran.
De façon parfois appuyée, avec des dialogues un peu creux, on insiste alors sur le caractère irresponsable du jeune père de famille, la drague, les soirées de beuverie, le problème d'alcool. L'épisode évoquant le séjour en prison dans l'État de la Géorgie, forcément concentré, frôle la caricature. L'idée d'utiliser la thérapie comme fil conducteur se défend, mais son exécution manque de finesse par moments.
Pour tout dire, le «vrai» film commence environ une trentaine de minutes avant la fin. C'est là que se met en place la reconstitution du vol dramatique dont l'atterrissage d'urgence aux Açores s'est fait en vol plané, sans essence, dans un climat de tension extrême. La séquence est rien de moins qu'admirable. Un genre de tour de force qui rappelle celui qu'avait réussi Paul Greengrass avec United 93, même si les circonstances ne sont pas du tout les mêmes.
De la chef de cabine qui doit annoncer aux 293 passagers qu'il est temps de se préparer à un amerrissage, jusqu'au pilote de cet Airbus 330 anarchique laissé au bon vouloir des vents, en passant par le premier officier qui n'y croit plus et les passagers en état de choc, la reconstitution est saisissante.
Archambault et son monteur Yvann Thibaudeau ont fait preuve d'habileté dans la réalisation de cette séquence, tellement réaliste que le spectateur en oublie qu'il est au cinéma. Mention honorable aussi à Ronald Plante pour la direction photo.
Dommage que l'envolée ne soit pas à l'image de cet extraordinaire atterrissage. Mais quand tout le monde est sain et sauf à l'arrivée, on se dit que le voyage en a quand même valu la peine.
Piché - Entre ciel et terre
Drame biographique réalisé par Sylvain Archambault. Avec Michel Côté, Maxime LeFlaguais, Sophie Prégent, Normand D'Amour. 1 h47.
Héros national à la suite d'un sauvetage spectaculaire aux Açores, le commandant Robert Piché voit son passé étalé sur la place publique.
Le dernier acte, remarquable, rachète un départ plus problématique.
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