La Presse
D’abord, il convient de dire que l’idée de départ peut déjà donner lieu à un formidable suspense. De fait, Inception (Origine en version française) emprunte tous les codes d’un thriller traditionnel. Et captivant. À cet égard, le nouveau film de Christopher Nolan est déjà une réussite. Mais l’auteur cinéaste, qui explore ici un peu les mêmes zones que dans Memento, ajoute de multiples niveaux de lecture, lesquels confrontent directement le spectateur avec des thèmes qui donnent matière à réflexion.
Oui l’intrigue est très complexe. Quand, un moment donné, le personnage qu’interprète Ellen Page, un peu confus, demande à ses camarades à qui appartient le subconscient dans lequel ils se trouvent, on ne peut que sourire tant la question nous chatouille l’esprit aussi. Le tour de force de Nolan aura toutefois été de réussir d’aspirer totalement le spectateur dans son histoire, sans obligatoirement lui donner toutes les réponses. Le récit souscrit ainsi à une logique interne qui, pour certains, se laissera découvrir au fil des visionnages subséquents. Inception fait en effet partie de ces œuvres foisonnantes qu’on reverra probablement souvent, en y découvrant toujours de nouvelles choses tellement la matière est riche. Et la manière, brillante.
Leonardo DiCaprio défend avec énergie et intensité le personnage de Dom Cobb, un espion industriel dont la spécialité est de pirater les rêves de riches industriels afin d’en soutirer des informations secrètes. L’exercice du métier n’est évidemment pas sans risques. Cobb doit même vivre en exil depuis un moment, loin de ses jeunes enfants. Sa situation pourrait changer le jour où un homme d’affaires japonais (Ken Watanabe) le recrute pour une mission encore plus singulière : inoculer une idée dans le subconscient d’un jeune homme (Cillian Murphy) sur le point d’hériter d’une multinationale.
À partir de cette prémisse, Christopher Nolan convie le spectateur à une expérience inédite et fascinante. Cobb ayant réuni son équipe d’experts pour mener à bien sa mission (à chacun sa spécialité), le périple prend une résonance aussi spectaculaire qu’intime. D’autant que l’épouse de Cobb (Marion Cotillard), mère de ses deux jeunes enfants, ne cesse d’intervenir à différents niveaux.
Ne serait-ce que grâce à son imagerie exceptionnelle, Inception ne ressemble à rien de ce que nous connaissons. Belle idée que le personnage de jeune architecte recrutée pour concevoir des espaces une fois franchie la dimension des rêves (Ellen Page), avec sur cette histoire un regard de témoin.
Même si le film ne recèle pas un «secret» du genre de ceux qui alimentent les plus grands coups de théâtre, il est quand même préférable d’en révéler ici le moins possible. Et de simplement dire que sur le plan visuel, Inception est tout simplement grandiose. Sur le fond, les questions auxquelles Christopher Nolan fait écho ont aussi de quoi nourrir notre esprit bien après la projection. Mise en scène remarquable, scénario étonnant, photographie exceptionnelle (signée Wally Pfister), partition musicale inspirée (Hans Zimmer), tout concourt ici à faire d’Inception un film mémorable qui, d’emblée, s’inscrira parmi les classiques des films de science-fiction.
Avec ce «méga» film d’auteur, sur lequel fantasment les cinéphiles depuis des mois, Christopher Nolan prouve, comme si besoin était, que l’intelligence peut aussi avoir ses vertus au cinéma, même dans les superproductions hollywoodiennes. On l’en remercie.