La Presse
Lisa Cholodenko n’avait rien tourné pour le grand écran depuis Laurel Canyon il y a huit ans. L’auteure cinéaste effectue un retour en force grâce à The Kids Are All Right (Une famille unique en version française), une comédie dramatique attachante, portée par deux actrices remarquables.
Julianne Moore et Annette Bening forment un couple lesbien vieux de 20 ans, parents de deux ados, conçus à l’époque grâce à la «contribution» d’un donneur anonyme. Le jour où elle atteint l’âge de la majorité, l’aînée (Mia Wasikowska), lasse d’entendre son frère cadet (Josh Hutcherson) ruminer l’idée d’une présence masculine dans sa vie, entre en contact avec leur père biologique (Mark Ruffalo), un type qui, à l’époque où il était étudiant, avait fait don de son sperme à une banque.
La réalisatrice, révélée par High Art il y a plus de dix ans, dresse ainsi le portrait d’une relation de couple établie depuis toujours, appelée à se transformer par l’arrivée d’un inconnu au sein de la famille.
Sans le vouloir, le géniteur fermier-restaurateur-bio-au-charme-fou débarque en effet à un moment où le couple parental ne traverse pas une crise majeure, mais où de petites fragilités surgissent quand même. La complicité qu’établira «l’intrus» avec les enfants sera aussi difficile à accepter pour les deux mères. D’autant que, très protectrices, elles ont toujours visé le plus haut niveau dans l’art du parentage.
Avec beaucoup d’humour, et autant d’authenticité, l’histoire de cette famille «ordinaire» de classe moyenne, épanouie dans un contexte qui l’est moins, nous est dévoilée dans toute sa simplicité, bien que les situations soient parfois plus délicates à gérer qu’ailleurs.
Avec un sens très aigu de l’observation, Lisa Cholodenko fait en effet écho dans son récit à des sentiments complexes, liés en outre au besoin de filiation, à la sexualité, à la fidélité conjugale. La réalisatrice manie habilement l’humour et le drame sans jamais tomber dans «l’effet» d’un côté ou de l’autre. À cet égard, il convient de souligner à quel point le scénario, coécrit avec Stuart Blumberg, est un modèle d’équilibre.
Parfaitement en phase avec leurs personnages, Julianne Moore et Annette Bening proposent ici de magnifiques performances, bien ancrées dans les beaux accents de vérité que le point de départ du film leur offre. Une famille aimante, dirigée par deux femmes à l’aube de la cinquantaine, qui n’a plus envie de tricher ou de se conter d’histoires. On retiendra notamment, sur le flanc humoristique, cette scène où Nic (Annette Bening) se lance dans une interprétation a cappella d’une chanson de Joni Mitchell (Blue), ou cette autre pendant laquelle les mères doivent expliquer à leur fils pourquoi elles regardent de temps à autre des films pornos gais… masculins! Sur le flanc de l’émotion, la précarité soudaine d’une relation pourtant solide donne aussi lieu à des moments poignants.
Présenté avec grand succès au Festival de Sundance, de même qu’au Festival de Berlin, The Kids Are All Right est peut-être le film «familial» américain le plus sincère à avoir pris l’affiche depuis longtemps.