La Presse
Ils n’ont pratiquement jamais été reconnus. Pendant des décennies, ces amuseurs publics, considérés «vulgaires» ou, pire, «quétaines», ont pourtant diverti les classes populaires en prêtant leur talent à des spectacles issus de la tradition du burlesque.
Des gens comme Olivier Guimond, La Poune, Juliette Pétrie, Manda Parent, Guilda et bien d’autres s’y sont illustrés. Gilles Latulippe porte encore aujourd’hui fièrement leur flambeau.
Le nouveau film d’Alain Desrochers (La bouteille, Nitro), dont le scénario a été écrit par Ian Lauzon (Piché – Entre ciel et terre), porte un regard attendri sur ce milieu d’une autre époque en empruntant le ton de la comédie dramatique. Même si les protagonistes de Cabotins font parfois rire gras sur scène, leurs déboires n’en restent pas moins bien réels dans les coulisses.
Personnage central de ce récit campé dans les années 80 : l’ineffable Marcel (Rémy Girard, excellent). Comédien populaire de la grande époque du burlesque, anciennement directeur d’un théâtre très fréquenté, l’homme se retrouve aujourd’hui ruiné à cause de mauvais placements. Il n’a d’autre choix que de réunir sa troupe de vétérans, et de rouvrir sa vieille grange théâtreuse pour tenter de se renflouer.
Le scénario mise en outre sur le décalage entre deux époques, notamment à travers le regard d’une jeune apprentie actrice (Marie-Ève Milot) qui méprise le genre. Les relations filiales font aussi partie des thèmes abordés, un contentieux existant entre Marcel et son fils Pedro (Pierre-François Legendre), aussi auteur et comédien.
L’aspect le plus intéressant du film se trouve pourtant du côté scène. Desrochers fait écho à une manière pratiquement révolue de faire du spectacle. Et nous invite à découvrir l’éthique de travail d’artistes ayant appris leur métier à la dure et sur le tas.
Certaines évocations sont plus vraies que nature. Gilles Renaud, qui n’a décidément jamais peur de rien, est irrésistible en vieux crooner. Tout comme Dorothée Berryman en humoriste. Yves Jacques compose aussi un délicieux personnage de travesti, directement inspiré de Guilda. Gaston Lepage est touchant en vieux complice dévoué.
L’approche se révèle toutefois un peu trop appuyée dès qu’on entre dans la sphère intime des protagonistes. Le conflit père-fils, dont la résolution surviendra dans un contexte plus inusité, n’évite pas les clichés et tombe parfois dans la surenchère.
Malgré cet écueil sur le flanc dramatique, Cabotins reste quand même un film éminemment sympathique, porté par d’excellents acteurs qui, visiblement, prennent plaisir à évoquer une forme de divertissement relevant d’une autre époque. Comme un hommage en quelque sorte.
CABOTINS
Comédie dramatique. Avec Rémy Girard, Pierre-François Legendre, Dorothée Berryman, Yves Jacques, Gaston Lepage. 1h45.
Dans les années 80, un acteur ruiné, spécialisé dans le burlesque, remonte un spectacle avec sa vieille troupe pour tenter de se renflouer.
Un peu trop appuyé sur le flanc dramatique mais quand même sympathique.
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