Le jeudi 12 août 2010
Trois temps après la mort d'Anna : la beauté d’une douleur sourde
Trois temps après la mort d'Anna
La Presse
Pendant les premières minutes de Trois temps après la mort d’Anna, la cinéaste Catherine Martin (Mariages, Dans les villes) prend le temps de faire goûter le spectateur à des moments de plénitude. On y voit un quatuor interpréter en concert le quatuor no. 15 en la mineur op. 132 de Ludwig van Beethoven. Sur scène: Anna (Sheila Jaffé), une jeune violoniste à l’aube d’une carrière prometteuse. Dans la salle: sa mère Françoise (Guylaine Tremblay), femme plus mûre au regard empli d’admiration et de fierté. Le moment est gracieux.
La rupture annoncée n’en sera que plus violente. Dans la nuit suivant ce concert, Anna est assassinée sans motif par un inconnu. Françoise est bien entendu dévastée. Plus personne ne peut rien pour elle, ni le père d’Anna (Denis Bernard), qui a refait sa vie auprès d’une autre (et qui est lui-même aux prises avec son deuil), ni l’entourage, encore moins les enquêteurs.
Ne reste plus qu’une douleur sourde, insurmontable. Du genre de celle qui ne vous retient plus vers la vie. Parce que plus rien n’est pareil. Et ne le sera jamais plus.
Françoise décide de quitter la métropole pour aller se réfugier, seule, dans la vieille maison héritée de ses parents. Comme un animal blessé. C’est la fin de l’hiver. À Kamouraska. Reprendre contact avec les origines, la nature, les souvenirs d’enfance, le passé. Sentir dans cette maison la présence bienveillante des femmes disparues de la famille. Écouter les sages paroles de grand-mère (Denise Gagnon) ou de maman (Paule Baillargeon), venues réconforter leur fille comme dans un songe.
Retrouver aussi par hasard Édouard (François Papineau), un artiste-peintre que Françoise n’a pas revu depuis leurs amours adolescentes. Basculer, peut-être, du côté de la vie, même en sachant qu’un lien est irrémédiablement brisé.
Il y a beaucoup de douleur dans le nouveau film de Catherine Martin. Une douleur silencieuse, qui ne peut qu’être reconnue de l’intérieur. L’auteure cinéaste s’y immisce avec patience et délicatesse, sans ne jamais rien forcer, au gré d’une mise en scène attentive et dépouillée. En contrepartie, des images apaisantes (magnifiques, signées Michel La Veaux), extirpées à même une nature qui nous ramène à plus grand que soi, ou alors collées à une intimité à laquelle on ne peut plus échapper.
En prime, une interprétation vibrante et fragile de Guylaine Tremblay. Grande actrice. Qui s’abandonne ici avec sobriété, tout en évoquant les bouleversements inimaginables qui traversent cette femme de tout son corps et, surtout, de toute son âme.
Trois temps après la mort d’Anna fait partie de ce genre d’oeuvres qui marquent les esprits. Et vous hantent bien après la fin de la projection. C’est très beau.
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***1/2
TROIS TEMPS APRÈS LA MORT D’ANNA
Drame psychologique réalisé par Catherine Martin. Avec Guylaine Tremblay, François Papineau, Sheila Jaffé, Denis Bernard. 1h27
Inconsolable après l’assassinat de sa fille musicienne, une femme se réfugie seule à Kamouraska dans la vieille maison héritée de ses ancêtres.
Sobre et dépouillé mais néanmoins bouleversant.