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Aleksi K. Lepage (collaboration spéciale) |
La Presse
Thriller policier viril, vibrant et vigoureux, Takers (Preneurs en français, quelle originalité) pèche par excès de manières et abus d’effets stylistiques: caméras à l’épaule jusqu’à la nausée, zooms et ralentis jusqu’à l’écoeurement, plans aériens et redondants sur les buildings de Los Angeles, trame sonore techno omniprésente etc.
De forme, on dirait le travail d’un étudiant zélé, de bonne foi, qui s’égare en fautes de goût à force de vouloir épater. Le réalisateur John Luessenhop, dont on ne connaît qu’un certain Lockdown lancé il y a déjà dix ans, réfère abondamment avec ce Takers, de toute évidence, aux opérettes violentes et lyriques de John Woo; les scènes d’action, par ailleurs fort bien filmées, relèvent davantage du pastiche que de l’hommage. Le massacre final, sorte de ballet sanglant appuyé par une musique mortifère et larmoyante (signée par un ancien membre de Tangerine Dream) n’est pas à prendre au second degré : il s’agit bien d’une gaffe, une jolie gaffe cependant, mais on ne peut qu’en rire.
Quel plaisir, tout de même, de retrouver ce bon vieux Matt Dillon, toujours aussi impeccablement «mâle alpha», dans le rôle du brave agent de la paix mêlé à de sordides histoires de corruption et de crime très bien organisé. Takers ne manque ni de souffle ni de rythme, d’un générique à l’autre on garde l’oeil ouvert. Et malgré ses tares, on n’en parlerait pas comme d’un spectacle ennuyeux. Tous les acteurs s’y donnent à fond, débitant parfois des répliques d’une fausse profondeur qui confère au ridicule. Une série B chic et de bon goût, conçue pour un public qui aime beaucoup la télévision.
Voilà justement en quoi Takers déçoit ou laisse froid : On dirait le pilote d’une émission télévisée à grand budget; on n’est plus au cinéma, on est sur HBO. S’il se fabrique des choses étonnantes, intelligentes et audacieuses pour la télévision, on est en droit d’en attendre plus en salle que ce qui est diffusé sur les canaux spécialisés et déjà disponible en coffrets DVD chez Walmart. Takers aurait fait une excellente série d’une dizaine de chapitres. En tant que film, c’est mieux qu’un navet, c’est du chou-fleur.