La Presse
Autant la mégalomanie de Jacques Mesrine s’accentue dès son retour en France, autant la mise en scène de Jean-François Richet devient plus fébrile dans L’ennemi public no. 1, le deuxième volet du diptyque amorcé avec L’instinct de mort.
Ce faisant, le réalisateur épouse le changement de personnalité d’un criminel qui prend désormais malin plaisir à mettre en scène – et à entretenir – sa propre légende. Fantasque, Mesrine multiplie alors les braquages de banque, mesure ses effets, se fait arrêter, s’évade, utilise différents déguisements, s’acoquine à différents complices, mais il demeure foncièrement solitaire, convaincu qu’il est plus fort que tout le monde.
L’aspect le plus intéressant du récit réside d’ailleurs dans cette espèce de spirale infernale dans laquelle le caïd s’engage au fur et à mesure que sa notoriété prend de l’ampleur. Mesrine devient une star au point de devenir aux yeux des autorités «l’ennemi public no. 1», un titre que le gangster trouve évidemment très flatteur. Mieux, il le revendique.
Mesrine sera d’ailleurs l’un des premiers en France à manipuler les médias de masse de cette façon. En se posant en grand justicier, victime de l’État.
Même si la mise en scène est cette fois plus ouverte, il reste que le récit se concentre principalement, encore une fois, sur le protagoniste. Qui est pratiquement de tous les plans. Vincent Cassel nous offre d’ailleurs, sans surcharger, un numéro grandiose à travers lequel tous les aspects du personnage sont évoqués. L’homme plus mûr – et plus lourd – sombre désormais dans la paranoïa et ne semble plus répondre à aucun code moral. Ignoble avec son amoureuse (Ludivine Sagnier); violent avec un journaliste «fouille-merde» qu’il attire dans son antre pour ensuite le laisser pour mort; Mesrine atteint des sommets d’arrogance. L’homme semble pourtant développer un lien presque empreint de respect envers le commissaire Broussard (Olivier Gourmet), qu’il reçoit au champagne le jour où il se fait coincer une première fois. Ce jeu du chat et de la souris entre le criminel et les autorités confère aussi film une dimension plus politique.
Ce parti-pris de tout concentrer sur Mesrine – et sur Cassel – est une grande force mais il comporte aussi un revers. Les personnages périphériques – dont plusieurs pourraient être fascinants – ont plus de mal à exister. À vrai dire, ils ne font que passer. On retiendra quand même le souffle de l’ensemble, de même qu’une scène finale – Mesrine est tué par les policiers au volant de sa voiture en plein jour et en plein coeur de Paris – très puissante sur le plan dramatique. En alliant l’intelligence du polar à la française à l’efficacité américaine, Jean-François Richet propose un diptyque captivant sur un homme qui a marqué l’actualité judiciaire des années 60 et 70.
L’ENNEMI PUBLIC NO.1.Drame biographique réalisé par Jean-François Richet. Avec Vincent Cassel, Mathieu Amalric, Samuel Le Bihan, Olivier Gourmet, Ludivine Sagnier. 2 h 10.
De retour en France, Jacques Mesrine devient une personnalité publique en narguant les autorités et en manipulant les médias.
Encore plus fébrile que L’instinct de mort. Avec une dimension politique en plus.