Le jeudi 2 septembre 2010
The American : long et lent voyage intérieur
La Presse
The American est présenté comme un thriller. Si c'est le cas, rarement thriller aura été aussi engourdi. Le film d'Anton Corbijn (Control), film d'auteur plus que film d'action, est en réalité un drame dans lequel on suit un tueur à gages à la dérive dans un long et lent voyage existentiel. Bref, il y a autant de suspense là-dedans qu'il y en avait de science-fiction «traditionnelle» dans Solaris de Steven Soderbergh, qui mettait aussi en vedette George Clooney en mode expérimental – et morose.
Ici, la «bulle» dans laquelle se déroule la non-intrigue est un village des montagnes d'Abruzzo, en Italie, où George, qui s'appelle Jack, tueur à gages de son état, vient remplir un ultime contrat après s'être royalement planté en Suède. Pas de jolie façon. Au point, en fait, où il est difficile d'éprouver quelque sympathie à son égard.
Sentiment qui ne changera pas au fil du film. Surprenant, quand on sait le charisme de l'acteur. Qui, ici, peut-être pour les besoins de la cause ou la volonté du réalisateur, se ferme totalement, se fait froid et lointain même dans les scènes torrides – il y en a quelques-unes, le monsieur consommant de la prostituée (en particulier la voluptueuse Violante Placido) pour combler certains besoins tout en évitant de créer des liens… ou en essayant de ne pas en créer. Et puis, entre ces ébats, il remplit son contrat avec diligence, multipliant les contacts (non charnels) avec une mystérieuse cliente (Thekla Reuten). Enfin, il y a ces échanges un brin gnangnan avec le prêtre local (Paolo Bonacelli). Tout cela, mené au rythme du pas de l'escargot, en direction d'une finale qui frôle le ridicule.
Et pourtant, The American n'est pas sans intérêt. Parce qu'Anton Corbijn, fan de westerns, réussi à créer cette atmosphère «clint-eastwoodienne» où l'étranger débarque et mêle les cartes d'un jeu que l'on croyait joué d'avance; et parce qu'il est photographe, ses images en sont la preuve. Les paysages sont sublimes. Dommage que George Clooney, visiblement mal à l'aise quand il met l'option charme à off, ne le soit pas aussi.
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**1/2
THE AMERICAN (V.F.: L'AMÉRICAIN)
Drame d'Anton Corbijn. Avec George Clooney, Violante Placido, Thekla Reuten. 1h45
Un tueur à gages ébranlé par sa «mission» précédente se rend dans un village italien pour remplir un dernier contrat.
George Clooney en mode froid et fermé dans un trip existentiel. Est-ce qu'on veut vraiment ça?