Le jeudi 9 septembre 2010
Tête de Turc : polar efficace mais appuyé
La Presse
Tête de Turc, premier long métrage du comédien français Pascal Elbé, polar social campé dans une banlieue parisienne, commence avec une flambée de violence entre policiers et jeunes laissés-pour-compte, culminant par l'agression d'un médecin urgentiste d'origine arménienne, Simon (interprété par Elbé).
Simon, plongé dans le coma, a été sauvé des flammes de sa voiture par un adolescent d'origine turque, Bora (Samir Makhlouf). Mais c'est Bora qui a lancé le cocktail Molotov et mis la vie de Simon en danger. Le héros, que des politiciens cyniques veulent décorer pour apaiser le climat tendu, est aussi le coupable...
Le film de Pascal Elbé s'articule autour de ce paradoxe, et des répercussions du drame autant sur l'entourage de Simon - son frère policier (Roschdy Zem) veut le venger - que de Bora, élevé seulement par sa mère (formidable Ronit Elkabetz, vue récemment dans Jaffa et La fille du RER).
Tête de Turc, lauréat du Prix de la mise en scène du 34e FFM, en début de semaine, fait bien sûr écho de la montée récente de la violence dans les banlieues française. Polar rythmé et efficace, soutenu par une distribution de premier plan, le film de Pascal Elbé pèche par certains excès. Le réalisateur a eu la patte un peu lourde (ralentis, jeux de lumière). Le scénariste aussi (quelques dialogues surlignés et symboliques appuyées). Son scénario s'encombre de tellement d'avenues (dont une histoire parallèle de mari endeuillé) et de chassés-croisés improbables qu'il en perd en cohérence, en vraisemblance et en fluidité. Le dénouement est par ailleurs fort prévisible.