La Presse
La scène d’ouverture de The Town est révélatrice. Un gang masqué pénètre dans une banque et cambriole l’institution. Le tout est rythmé. Il n’y a de place que pour la rigueur, des personnages et du réalisateur. Ben Affleck, révèle cette scène, est un excellent réalisateur et directeur d’acteurs.
La scène de poursuite automobile, l’autre cambriolage… tous ces moments réitèrent cela. Mais Ben Affleck – qui cosigne l’adaptation du roman de Chuck Hogan, Prince of Thieves, avec Peter Craig et Aaron Stockard – n’est pas un grand scénariste.
Adapter, c’est trahir, c’est élaguer, c’est faire des choix. Ici, on a trop mis. De personnages, de pistes secondaires. Comme si on n’avait pas voulu ne faire «qu’un film de gangsters», mais humaniser les uns et les autres par l’intermédiaire de scènes qui pèchent par excès de sentimentalisme ou qui ne sont simplement pas crédibles dans le contexte. Le sentiment d’éparpillement s’installe alors. L’agacement, aussi, quand un acteur de l’envergure de Chris Cooper est cantonné à une scène de trois minutes et quart pour donner l’occasion à Ben Affleck de «confronter» son paternel en prison. Évocation du passé du personnage. Petite larme pour l’enfant malheureux.
The Town, donc, se déroule dans le quartier de Boston appelé Charlestown. Célèbre pour le nombre de cambriolages de banques et d’attaques de camions blindés qui y sont perpétrés chaque année. C’est là que sévit le gang de Doug (Ben Affleck) et Jem (Jeremy Renner, qui vole la vedette dans toutes les scènes dans lesquelles il joue). Lors d’un coup qui tourne mal, ils prennent une employée de banque (Rebecca Hall) en otage. La libèrent un peu plus tard. La jeune femme devient alors un témoin important pour le FBI, ici représenté par l’agent spécial Frawley (Jon Hamm, en mode congélateur tant il est froid, mais le rôle l’exige). Là où les choses se corsent, c’est que Doug s’intéresse à cette Claire qu’il a eu à portée de gâchette.
Aux côtés de cette histoire d’amour présentée de manière plus ou moins convaincante, quelques incursions dans le milieu sombre qui est celui de Doug et de ses acolytes: introduction d’une prostituée au grand cœur (Blake Lively de Gossip Girl, qui se donne à plein dans ce contre-emploi), de Pete Postlethwaite en ombre inquiétante planant sur tout un chacun.
Le résultat est d’une extrême justesse et criant de réalisme dans le milieu décrit et les lieux exploités. Ce qui, malheureusement, met en relief le côté bancal de l’histoire comme telle. Il aurait été préférable d’amputer carrément certaines pistes que de leur donner un traitement aussi superficiel. Le trop est l’ennemi du bien. Tout le monde le sait – sauf peut-être Ben Affleck. Mais le monsieur est loin d’être bête. Tout espoir est permis à son sujet.
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THE TOWN. Film de gangsters de Ben Affleck. Avec Ben Affleck, Jeremy Renner, Rebecca Hall, Jon Hamm. 2 h 05.
Un cambrioleur de banque tombe amoureux d’une femme qu’il a prise en otage et qui, une fois libérée, collabore avec un agent du FBI.
Excellente réalisation de Ben Affleck. Mais le récit s’éparpille, néglige certains personnages et affiche un sentimentalisme maladroit.