La Presse
Il fallait une bonne dose d’audace pour faire un autre film sur les Beatles. Après l’oubliable Backbeat et le plus que navrant téléfilm américain sur John & Yoko, le terrain semblait, pour ainsi dire, brûlé. Mais la réalisatrice anglaise Sam Taylor Wood parvient à surprendre avec cet épisode moins connu de l’Histoire des Fab Four.
Lancé en Amérique - non par hasard - au moment où l’on souligne le 70e anniversaire de John Lennon, Nowhere Boy raconte les années d’adolescence du futur Beatle (Aaron Johnson) dans le Liverpool des années 1950. Il raconte surtout la crise identitaire d’un jeune homme qui, tiraillé entre une tante adoptive (Kristin Scott Thomas) et une mère instable (Anne Marie Duff), trouvera dans le rock’n’roll un exutoire à sa colère.
Mieux connue pour son travail en art contemporain, Sam Taylor Wood livre avec Nowhere Boy un premier long métrage de forme étonnamment classique, qui repose essentiellement sur la qualité du scénario de Matt Greenhalg (Control), sa charge dramatique en crescendo, son excellente reconstitution d’époque et une infaillible direction d’acteurs.
Loin de s’écraser sous le poids du personnage, Aaron Johnson s’avère aussi convaincant qu’inspiré, alors que Kristin Scott Thomas se révèle particulièrement brillante dans le rôle de l’austère et cassante tante Mimi. Leur relation conflictuelle donnera lieu à quelques savoureux dialogues, qui culmineront en une scène profondément cathartique. Donnons crédit à Sam Taylor Wood d’avoir raconté cette histoire avec le coeur sans tomber dans le piège du mélo.
Attention: Nowhere Boy n’est pas une comédie musicale. On n’y entend aucune chanson des Beatles, ni même de John Lennon - si ce n’est au générique de fin. Mais qui veut comprendre les origines, et surtout la psyché de ce créateur tourmenté, c’est un «biopic» incontournable.
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Drame de Sam Taylor Wood, avec Aaron Johnson, Kristin Scott Thomas et David Morrissey. 1 h 38.