La Presse
La toute première scène de 10 1/2 étonne et trouble à la fois. À cet égard, Daniel Grou-Podz (Les 7 jours du talion) a choisi une approche tout à fait différente de celle qu’a empruntée Robin Aubert dans À l’origine d’un cri. C’est-à-dire qu’il montre les choses de façon explicite.
Ce choix se révèle ici parfaitement justifié, dans la mesure où il indique l’espace mental dans lequel se situe le gamin de dix ans et demi dont on suivra le parcours, tout en annonçant un passage à l’acte dans la scène suivante. Le énième séjour dans un centre jeunesse s’ensuivra.
Cette plongée en apnée dans le monde de l’enfance brisée est dure à prendre, tant elle confronte directement le spectateur à ses propres fêlures. La force de 10 1/2 réside justement dans cette façon très directe qu’a utilisée le cinéaste pour raconter l’histoire d’un gamin abandonné de tous à cause d’un comportement très violent. À mille lieues du cinéma d’intervention qui, à une certaine époque, était très prisé au Québec, ce long métrage fait écho à un mal de vivre chronique en exposant une situation très dramatique, sans toutefois ne porter aucun jugement sur les différents protagonistes, ni offrir aucune réponse. Les parents du petit Tommy ont peu de scènes pour se faire valoir mais chacune de leur présence, tant du côté du père (Martin Dubreuil) que de la mère (Félixe Ross), fait écho à un autre aspect du drame.
Quand il braque sa caméra sur le «concret» des choses, Podz excelle. En revanche, les scènes de discussions entre thérapeutes, plus didactiques, sont un peu moins convaincantes.
Cela dit, 10 1/2 ne compte pratiquement que deux personnages : un gamin de dix ans dont les services sociaux ne savent plus que faire d’un côté; et, face à lui, l’éducateur chargé de s’en occuper. Contrairement à ses collègues, qui estiment son cas irrécupérable, ce dernier est probablement le seul à croire toujours, peut-être, que ce garçon a encore une chance d’être réchappé.
Dans le rôle de Tommy, Robert Naylor est une vraie révélation. Crédible de bout en bout, le jeune acteur porte sur ses épaules toute la charge dramatique du récit. Il s’en tire avec les grands honneurs. Claude Legault offre aussi une performance très convaincante, d’autant que son personnage est dépeint comme un modèle de retenue, malgré les provocations – parfois très frontales – du garçon.
10 1/2, dont le scénario est écrit par Claude Lalonde (lui-même ancien éducateur), est un film percutant et douloureux, dont l’enjeu évoque néanmoins les capacités de résilience de l’être humain. La réalisation très dynamique, pourtant discrète, mérite aussi d’être soulignée.
10 1/2. Drame réalisé par Claude Grou-Podz. Avec Claude Legault, Robert Naylor, Martin Dubreuil, Félixe Ross. Durée: 1h48.