|
Aleksi K. Lepage (collaboration spéciale) |
La Presse
Quelque part entre Runaway Train et Speed, sans les prétentions philosophiques du premier (dans lequel on y citait du Nietzsche à la fin) et sans la joyeuse et niaise légèreté du deuxième (avec Keanu Reeves), Unstoppable est un gros film d’action, qui fait un peu dans le drame psychologique pour avoir l’air chic et distingué. On n’est pas dupe, c’est de la frime, d’autant plus que le film est inspiré d’une histoire vraie, ce qui généralement attire un certain public sensible qui n’aime pas la «violence gratuite.» Public peureux, tu n’as rien à craindre.
Mais ne soyons pas rabat-joie. Il nous faut bien admettre que ce film de Tony Scott, toujours en mode surexcité, donne à voir et, comme on dit, «fait la job». Rappelons vitement les faits relatés: un gigantesque train transportant des produits chimiques facilement inflammables est lancé à pleine vitesse sur les voies ferrées de la vaste Pennsylvanie... sans conducteur! Le danger est grand d’une déroute et d’une collision aux conséquences cataclysmiques. Deux ouvriers, l’un vétéran, noir, au bord de la retraite (classique) et l’autre, jeune et présomptueux (évidemment) réussiront ensemble à mettre un frein à ce train infernal en cavale.
Tout y est : ambiance de panique et de catastrophe appréhendée (avec opérateurs de station hystériques et à bout de nerfs), hommes virils qui se lient d’amitié par l’épreuve, enfants et épouses éplorées, accidents, déraillements et explosions diverses, bruit des machines poussé au maximum accompagné d’une musique «techno-orchestrale» mur-à-mur, épilogue larmoyant et lénifiant, tout cela rendu en images par Tony Scott qui en ajoute avec ses caméras vacillantes, ses plans copiés-collés sur les wagons de la mort, et ses zooms, in et out, qui doivent idéalement donner à ce film d’action un verni de «réalisme documentaire».
Denzel Washignton est parfait, autre merveilleux acteur qu’on espère ne pas voir confiné au rôle de l’afro-américain vieillissant, revenu de tout, plein d’une sagesse acquise par l’expérience (autre classique). Chris Pine a le profil de l’emploi en jeune blanc-bec arrogant mais au coeur noble, si bien qu’on le croirait directement sorti de Fast and Furious. Malgré l’abus de clichés, Unstoppable (en français À fond de train) demeure un thriller d’action solide, fabriqué par un habitué. Ça vaut le prix du ticket et des nachos. Amusez-vous.
Unstoppable. Film d’action de Tony Scott. Avec Denzel Washignton, Chris Pine, Rosario Dawson. 1h38.